Photographie interplanétaire

8 août 2012

Première photo couleur de la mission Curiosity. Provisoirement imparfaite, elle prouve le succès de l’amarsissage qui s’est déroulé à 567 millions de kilomètres de nous. Sa portée scientifique ne lui enlève pas sa puissance d’évocation. © NASA/JPL-Caltech/Malin Space Science Systems.

Le fait

Sitôt posée sur Mars, la sonde Curiosity a transmis le 7 août 2012 — via son compte twitter ! — la première photographie couleur de sa mission. La qualité médiocre de cette image ne présage en rien des performances exceptionnelles de l’appareil MAHLI (Mars Hand Lens Imager) car pour cette première image test confirmant le bon fonctionnement de l’appareil, l’objectif restait protégé par un filtre couvert de poussières… qui ne s’ouvrira qu’après un délai d’une semaine après l’amarsissage…  La NASA rappelle que l’appareil utilisé est optimisé pour les photomacrographies avec une distance de mise au point minimale de 2,1 cm.

Le décryptage

Alors que la photographie grand public vit au rythme des sorties de produits innovants qui poussent les usagers à faire évoluer constamment leurs pratiques et les professionnels à se poser des questions sur leur rôle et leur statut, les scientifiques, eux, sans état d’âme mettent au cœur de leurs laboratoires terrestres ou interplanétaires les meilleurs équipement photographiques pour documenter leur travaux de recherche. Ainsi cet appareil télécommandé à une distance 567 millions de kilomètres, a envoyé sans attendre la preuve visuelle du succès de la mission, avant de passer à des travaux de précision qui révolutionneront peut être la connaissance que nous avons de nos origines. On remarquera que dans les conditions actuelles le cadrage laisse à désirer … mais on ne doute pas que dans une semaine les choses rentreront dans l’ordre ! Le pouvoir d’évocation de ce paysage n’en reste pas moins extraordinaire pour redorer le blason de la NASA qui vient de ranger au musée sa dernière navette spatiale… après une saga photographique de quarante années qui a fait rêver l’humanité et dont les archives s’ouvrent progressivement au domaine public. L’universalisme photographique n’est pas un vain mot !

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Couvrir les JO avec un iphone 4S !

8 août 2012

Dan Chung du Guardian en train de régler son iPhone au milieu des appareils professionnels: s’en moquer… ou se souvenir du début de la PAO avec les réserves émises par les meilleurs face aux premiers Macintosh installés dans les ateliers de photocomposition… : l’innovation réside le plus souvent dans le détournement des usages des nouvelles technologies… © Tom Jenkins pour The Guardian.

Le fait

Le photographe Dan Chung du Guardian s’est distingué durant l’été en couvrant les JO avec son iphone 4S ! Ce dernier fut utilisé en association avec un additif optique Schneider (iPro Lens System) et des jumelles stabilisées Canon afin d’accéder à des rapports de grossissement aussi élevés que ses collègues utilisateurs de reflex professionnels. Ses photographies ont été traitées par l’iPhone lui-même grâce à l’application Snapseed disponible sur iTunes et ont été publiées sur son blog hébergé par The Guardian. A découvrir pour savoir ce qu’il est possible de faire en conditions professionnelles avec le plus célèbre des smartphones.

Le décryptage

Les photographes qui s’aventurent en dehors de leur zone de confort sont les premiers à ouvrir des passerrelles vers les méthodes de travail qui seront adoptées par leur confrères. Il leur faut seulement une conviction inflexible pour leur permettre de prouver que leur approche est moins folle qu’il n’y paraît, face aux critiques et à l’incompréhension de leurs pairs. Si la qualité technique n’équivaut pas celle d’un bon reflex, le photographe a dû composer avec les évidentes faiblesses d’un tel dispositif de prise de vue pour parvenir à enregistrer les remarquables images qu’il nous présente sur le blog de The Guardian. Véritable laboratoire pour les uns, défi personnel face à la course “aux armements lourds” pour les autres (voir notre sujet sur la robotisation de la prise de vue au JO de Londres en cliquant ici), l’utilisation de moyens de prise de vue alternatifs a évidemment un impact sur la manière dont sont relatés les événements. Au même moment et sur les mêmes lieux David Burnett a été vu aux côtés de ses collègues en train de photographier grâce à une chambre 4×5 Speed Graphic !… Hors ce cas extrême de retour à l’argentique grand format, la tendance autour d’un photojournalisme doté d’outils multimédia ultra-légers et économiques s’accentue, comme le relate le site www.multimediashooter.com avec les équipements qui font leur preuve et dans le fil des commentaires, des détails concernant la meilleure manière de les utiliser…


Economie de la photographie et mécénat

6 août 2012

Images Magazine, publie dans son numéro d’été un dossier très documenté sur l’économie du secteur culturel de la photographie en France, avec un tableau des 70 récompenses décernées chaque années aux photographes pour un montant de plus de 2 millions d’euros…

Le fait

Images, « le magazine de la photographie et des auteurs contemporains » vient de publier dans son numéro 53 daté juillet-août un remarquable sujet co-signé par Sophie Bernard et Elisabeth Lehalle concernant le financement de la photographie par les institutions publiques et les organismes privés engagés dans le mécénat culturel via l’organisation de prix, concours, résidences d’artistes… . Sont analysés des dizaines de budgets de la vie photographique française, et recensés quelques 70 récompenses en France et dans le monde pour un total annuel de 1 206 000 d’euros d’apport à la création photographique. Ce montant est réparti chaque année entre des centaines de lauréats amateurs et professionnels qui sont sélectionnés par les jurys de ces prix souvent prestigieux. De son côté le Ministère de la culture et de la communication affectera pour 2012 quelques 12 millions d’euros de budget (en hausse de 7,6 % par rapport à 2011) à la photographie. C’est la première fois que de tels chiffres sont compilés et publiés en France.

Le décryptage

Une nouvelle économie de la photographie d’art s’est installée en France. Portée par l’attrait croissant des collectionneurs pour des œuvres accessibles et “bankables” depuis la fin des années 90 et le volontarisme des institutions françaises depuis quarente années pour promouvoir cet art à travers des institutions (Maison Européenne de la photographie, feu la mission du patrimoine photographique, BNF, Jeu de Paume…) et des manifestations (Mois de la photo, Paris-Photo, Rencontres d’Arles ou Visa pour l’image pour ne citer que c elles qui ont une audience internationale). Ce dynamisme général a eu une grande influence sur la valorisation du travail des auteurs qui ont su s’inscrire dans ce mouvement.  Mais le véritable coup de pouce qui permet à ce marché d’atteindre son niveau actuel, est de nature fiscale ; en incitant à l’investissement dans le mécénat, les associations et les fondations, la loi n°2003-709 du 1er août 2003 aura permis cet apport d’argent frais vers les artistes vivants et les organismes qui contribuent au développement de la création (en contre partie de quoi, une défiscalisation des investissements à hauteur de 60% de leur montant sont accordées).

En aidant la création et devenant les premiers acheteurs des jeunes artistes ces organisations et fondations ont une action essentielle pour faire émerger les talents. En permettant cette mesure, le Ministère de l’économie et des finances aura joué un rôle clé pour fluidifier l’économie de ce secteur et permettre à un plus grand nombre d’auteurs de vivre de leur art. De quelques décideurs omnipotents sur les commandes publiques — auxquels il ne faut pas oublier les galeristes et les grands collectionneurs —, le pouvoir de légitimation d’un photographe auteur est désormais partagé par un plus grand nombre d’acteurs dont les plus importants se retrouvent dans le tableau d’Images Magazine (pages 98/99). Travaillant dans la durée, ces nouvelles instances de légitimation sont désormais à la manœuvre avec des moyens conséquents pour repérer les meilleurs talents, surveiller les stars montantes, les conseiller, en s’alliant le concours de jurés influents du monde de la photographie. Les plus engagées de ces organisations ont un rôle important dans la constitution de fonds photographiques privés dont le rendement patrimonial n’a rien à envier aux meilleurs placemens financiers. Ces mécènes sont aussi des passeurs de l’art photographique vers le grand public par l’obligation qui leur est faite d’exposer les œuvres acquises pour pouvoir défiscaliser leurs investissements. Mais surtout par la capacité de ces fondations à relayer auprès de la presse (gratuitement ou en partenariat) les événements qu’ils sponsorisent. Un système vertueux c’est donc mis en place qui aboutit à cette exceptionnelle visibilité de l’activité photographique et dont tout le secteur ne peut que se réjouir.

Ce dynamisme qui profite aux organisateurs d’événements (et aux municipalités qui les soutiennent), aux mécènes culturels et aux meilleurs auteurs ne saurait pourtant donner les conditions d’une économie solide au secteur, même si la qualité des expositions et des événements en France donne une image plutôt opulente de la filière. Par la faiblesse des sommes distribuées au global (l’échelle de grandeur est de quelques millions d’euros en numéraire et en matériel), par le risque fiscal (quid de ce dynamisme si Bercy venait à réduire la voilure ?), par la précarité financière (assumée) de grands talents de multiples fois primés et enfin parce que cette situation favorable habitue les acteurs de la vie économiques à considérer l’investissement photographique que sous deux conditions : optimisation fiscale et réduction du risque. La loi sur le soutien au mécénat remplit le premier critère, l’organisation de la curation des prix et des concours grâce à membres de jury « du sérail » remplit le second critère.

On ne peut que le déplorer, l’engouement pour le mécénat culturel est fortement décorrélé avec la situation économique des entreprises du marché photo et de leurs acteurs : travaux de commande en berne (car non défiscalisables…?!), hyper-concentration du marché des photos de news et d’illustration sur quelques entreprises mondiales, statut social des auteurs incompatible avec leur nouveau modèle d’affaires, ou encore dérégulation de la protection de la propriété intellectuelle (le droit d’auteur “copyrighté” est devenu une réalité au grand dam des professionnels)…

Cette situation, qui s’explique par les mutations qu’il n’est pas nécessaire de rappeler ici, permet d’expliquer logiquement l’attrait représenté pour les artistes par ces prix et concours ultra-sélectifs mais également l’intérêt toujours plus marqué par  le monde des entreprise pour la photographie d’auteur, à condition pour ces derniers d’être en situation de capter en retour de leur attention et de leur prodigalité, une parcelle de pouvoir sur le marché de l’art.


Sakchin Bessette (Moment Factory) : « augmenter l’émotion d’un lieu »

2 août 2012

Sakchin Bassette, est photographe et co-créateur de Moment Factory, une entreprise multimédia de Montréal qui s’illustre depuis 2001 par ses folles scénographies à travers le monde.

La photographie mène à tout. Jusqu’à devenir une activité créative spectaculaire lorsqu’elle rencontre le monde de l’événementiel et du multimédia. C’est le cas de Sakchin Bessette. Co-fondateur et directeur de la création de Moment Factory, ce photographe de formation utilise chaque jour son savoir faire pour créer des spectacles insensés en utilisant les ressources des moyens numériques. Moment Factory est le maître d’œuvre de  nombreux spectacles à travers le monde en mapping 3D (projection sur des façades) et s’est illustré récemment par la scénographie multimedia du Madonna MDNA Tour, avec le concert de l’artiste au Stade de France le 14 juillet dernier. L’entreprise implantée à Montréal, fait travailler 85 artistes multimédia, en privilégiant les profils multidisciplinaires.

Quel est l’objet de votre travail chez Moment Factory ?

Chez Moment Factory, notre travail est d’augmenter l’émotion d’un lieu. A mes débuts, j’ai commencé à utiliser des environnement avec des photographies. Je visais toujours la création d’événements immersifs avec mes images. Depuis j’ai accompagné la démocratisation des solutions de projections vidéo et de tous les médias numériques, permettant de mixer facilement photo avec la vidéo, de façon naturelle, organique…

Le spectacle « Duality » à Atlantic City

Tout a débuté par votre passion pour la photographie ?

Je suis très tôt tombé amoureux du “clic”, … cet instant qui arrête le temps. Prendre une photo pour moi c’est un peu comme une méditation, une manière d’entrer dans l’intérieur d’un moment. Une fois l’œil entraîné à percevoir la lumière, il est possible de créer des images, tout en préservant toujours la force de l’émotion qu’une bonne photo est capable de transmettre instantanément. Notre métier est d’augmenter l’émotion en créant une scénographie, avec il est vrai, “un peu de technique »… mais l’essentiel est de croire que tout est possible ! Je m’entoure de gens passionnés et talentueux, des gens très engagés dans leur travail, qui sont capables de pousser les limites. C’est l’essentiel.

La vidéo est un outil très utilisé par Moment Factory pour la projection sur les façades …

Nous avons développé des techniques pour créer des nouvelles images et les projeter dans les lieux en préservant l’interactivité et la haute qualité visuelle. C’est un média qu’il a fallu faire évoluer et ce média se plie de plus en plus à nos exigences. Notre activité est évidemment liée aux nouvelles technologies, mais notre travail consiste avant tout à raconter des histoires en faisant disparaître la technique pour qua la magie soit intacte.

Making off du spectacle de la mi-temps du 46ème Super Bowl mettant en scène Madonna.

Quel message souhaiteriez-vous faire passer aux photographes professionnels ?

La photographie est un médium extraordinaire qui laisse toute sa place à l’imagination. Photo et vidéo se développent côte à côte. Après, tout dépend du travail que les gens veulent faire, leur sensibilité leur vision. Le regard d’un photographe lui donne une compétence qui lui permet d’aller au-delà de la création de belles photos encadrées.