Le temps transformé

30 août 2011

Le fait

Le Musée de Londres a lancé une application « Streetmuseum » incroyable où il est possible de faire surgir le passé sur l’écran de son iphone ! En exploitant le fonds photographique du Musée qui comporte de nombreuses scènes de rue, l’application superpose des images du XIXème ou du début du XXème sur l’écran de votre mobile en les fusionnant précisément avec le décor du lieu où vous vous trouvez.  L’application utilise à la fois les données de géolocalisation et la reconnaissance visuelle pour pratiquer cette imbrication en temps réel à la manière des applications de réalité augmentée.

Le décryptage

Le temps est au centre de l’acte photographique, mais jamais auparavant la technologie de capture n’avait autorisé à en jouer avec autant de liberté. Il est facile de le contracter (time-lapse**), de l’allonger (stop-motion***), de le multiplier (superposition), l’instant arrêté de la photographie se confrontant désormais à ces nouveaux flux de photographies animées, que flickr a rebaptisé « photo longue » dès 2008. Il advient de cette abolition* de la frontière entre photo et vidéo, un nouveau rôle à la photographie « fixe », un changement de statut qui profite déjà largement au marché de l’art. Reste que ces «photos longues » ont un attrait puissant pour le grand public, car elles sont attrayantes, divertissantes et parfois très poétiques. Pour les photographes, les techniques de prise de vue qui permettent d’aboutir à ces résultats sont assez facilement maîtrisables. Une telle production est très certainement pour les professionnels un moyen de s’inscrire dans un courant moderne et innovant en continuité avec la photographie traditionnelle avec l’atout d’une valeur commerciale pour les usages écran. Pour le cas du Musée de Londres pris pour exemple, c’est un moyen puissant d’inscrire les archives dans le présent et de les valoriser sous une forme innovante.

(*) Lire « Flickr annule la frontière entre photo et vidéo » par André Gunthert en cliquant ici. 

(**) Regarder le travail de Dan Heller, photographe-réalisateur de séquences en  Time-Lapse en cliquant ici et découvrez le site www.time-lapse.fr

(***) Impressionnante séquence en Stop Motion pour Chanel (cliquez ici)

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Marché photo maussade

30 août 2011


Le fait

Dans un communiqué presse envoyé fin août, GfK fait état d’une baisse significative de -2,2 % en valeur sur le marché des biens d’équipements de la maison au premier semestre 2011.  La photo n’est pas épargnée au second trimestre comme le traduit l’auteur du communiqué : « Le marché des appareils numériques baisse de 5% en volume et de 10% en valeur. Le segment le plus touché est celui des reflex, qui après de bonnes performances au 1er trimestre, voit ses ventes plonger au second trimestre (volume et valeur). Le segment émergent des hybrides poursuit sa forte croissance en volume et en valeur mais il ne représente que 2% du chiffre d‘affaires total des APN.(…) Si les faibles résultats de l’EGP étaient attendus, les secteurs de la photo et de l’impression a déçu et le recul des prix n’est pas la seule explication : ces deux secteurs subissent des baisses en volume depuis le début d’année qui sont préjudiciables ».

Le décryptage

En dépit de l’intérêt toujours vif des consommateurs pour les reflex et les hybrides, l’année 2011 pourrait sonner précocement la fin des dix années bénies de l’essor du numérique. Le marché des compacts, qui dès l’année 2010 a marqué le pas en volume (-2 % selon Sipec), montre un signe supplémentaire d’essoufflement avec une érosion record en valeur s’élevant à  -17 % sur douze mois à fin juin selon GfK ! Les progressions des segments reflex et hybrides attendus au second semestre 2011 ne viendront pas compenser une telle chute… Si la volumétrie du marché restera forte, elle abandonnera le seuil psychologique des cinq millions de pièces. Le cataclysme du 11 mars a sa part de responsabilité dans ces mauvais résultats, moins par la pénurie sur certains produits au deuxième trimestre, que par le report de lancement de nouveaux modèles et la suspension des efforts publicitaires.

Le surenchérissement du coût de la vie et l’ambiance de crise portée par les médias peuvent aussi expliquer ce tassement du marché…  Mais ce coup de semonce sur le premier semestre invite à se poser les questions des relais de croissance potentiels du secteur, de ses fragilités, de l’efficacité réelle de la course à l’hyper-qualité, de la priorité donnée à l’optique sur le traitement numérique, du trop faible développement de la géolocalisation, et surtout la question de la connexion des appareils photo au Web… Le besoin d’une rupture se fait sentir à un moment où la légitimité photographique des smartphones progresse. La balle est désormais dans le camp des fabricants d’appareils photo qui doivent se montrer encore plus innovants pour continuer à prospérer sur les marchés occidentaux.


L’image comme hyperlien

30 août 2011


Le fait

L’application pour mobile iDooG utilise un logiciel de reconnaissance visuelle que les utilisateurs de smartphones peuvent télécharger gratuitement sur les plateformes mobiles. Cette application permet d’accéder à des contenus enrichis (vidéos, fiches techniques, guide…) en pointant simplement le smartphone vers la publicité (presse ou affichage) ou le produit qui les intéressent. « Mon rêve, c’est que dans cinq ans chacun ait le réflexe de photographier un produit pour obtenir des informations complémentaires » déclarait le créateur du site www.doog.com en 2010 à son lancement. Cette application de recherche visuelle n’est plus la seule aujourd’hui : on peut également citer Pixee.com (pour la recherche à partir des affiches de films) ou encore Plinkart.com (pour la recherche d’informations à partir d’œuvres d’art).

Le décryptage

L’image est une information comme une autre. Bien que visuelle, elle doit pouvoir être enrichie par des données disponibles sur le Web aussi simplement que s’il s’agissait de données textuelles. Les enjeux sont majeurs pour les marques qui commercialisent des produits manufacturés pour lesquels l’obligation d’informations personnalisée est un défi. Cela peut être simplement le prix, mais aussi concerner la composition précise d’un aliment (information nécessaire aux personnes allergiques par exemple), ou encore disposer des avis d’utilisateurs… Les marques qui seront en mesure de délivrer des informations pertinentes prendront l’avantage. En associant cette reconnaissance aux données de géolocalisation il est aussi possible de savoir, par exemple, où acheter un produit ou un service représenté sur une publicité. Pour les photographes, cette interaction réclamée par les consommateurs entre le réel et le Web sera source de nouveaux contenus à produire (photos et vidéos), mais aussi de nouvelles prestations d’indexation de leurs propres images. En photographiant, les amateurs et professionnels indexent le réel sans le savoir. Les professionnels doivent savoir en prendre conscience et en tirer profit.