Les dix tendances de l’année 2010

15 janvier 2010

La décennie promet d’être passionnante. Elle débute avec une année qui s’annonce sous le signe du redressement économique et celui-ci interviendra à l’avènement d’un nouveau cycle de développement des technologies numériques. Après une dizaine d’années de promesses contrariées par le manque de puissance des processeurs, le sous développement des réseaux et la complexité de mise en œuvre des équipements, la convergence numérique passe à sa phase vertueuse, celle du tout connecté et de la simplicité d’usage. Conséquence, à partir de 2010 les contenus pourront circuler selon nos lubies et nos besoins entre nos lieux de vie (travail, maison) et nos terminaux personnels (partout ailleurs). Le web devient le centre de tout, le contenu et la puissance informatique se placent au milieu de nulle part (grâce au Cloud computing et aux services hébergés). Jusque là, rien que l’on ne sache déjà, mais autant le rappeler en ce début d’année 2010 puisque nous entrons dans une décennie qui promet d’être celle de la dématérialisation.

Pour les photographes professionnels — qui ne peuvent se soustraire à l’impact d’une (r)évolution où les écrans se placent toujours plus au centre de nos vies—, quelles seront les conséquences ? Elles sont innombrables tant les interactions seront complexes entre maturité numérique du public (renforcée par l’arrivée des digital natives dans la grande communauté des consommateurs), agilité des comportements d’achat du grand public, mobilisation environnementale des acheteurs et… ruptures technologiques possibles (par définition imprévisibles).  Reste que l’observation du marché aujourd’hui et les annonces des industriels, permettent de dessiner sans risque de (trop) se tromper les tendances à venir.

MARCHES GRAND PUBLIC

• Le maintien de la croissance du marché des reflex : les perspectives sont dégagées pour 2010 ; après un record de vente  en 2009 (près 530 000 pièces selon les prévisions de GfK, soit une croissance de 22 %) le marché des reflex restera bien orienté et soutenu par les nouvelles fonctionnalités vidéo HD. Le marché des objectifs reste également très prometteur. En revanche, faute d’innovation de rupture poussant les consommateurs à renouveler leur équipement (exemples :  GPS, connexion WiFi, services Internet associés…), les ventes de compacts marqueront un recul après une année 2009 mieux orientée que prévu (-0,5 % à fin septembre 2009 selon GfK).

• Poursuite du succès des albums photo personnalisés : meilleur levier de croissance des services photo (par le CA et la marge dégagés) la progression des ventes d’albums personnalisés se poursuivra sans baisse sensible de prix moyen (selon Future Source). La créativité et l’innovation peut (et doit) intervenir à chaque fois que la pression concurrentielle pousse le marché à réviser les prix à la baisse. Selon Future Source Consulting, le potentiel de croissance du marché reste élevé pour les magasins, même si les réseaux de proximité n’ont pesé en 2009  « que » 15 % des volumes commercialisés en France (soit 300 000 albums).

• Entrée de la 3D sur le marché de l’EGP : destinés dans un premier temps aux joueurs, les écrans et ordinateurs « 3D compatibles » permettant la visualisation de jeux (et films 3D) permettront de doper le marché des PC. Les téléviseurs 3D seront également une des priorités des grands électroniciens. Après le Full HD, le 3D a pour mission de faire rebondir le marché des écrans plats durant les cinq prochaines années, avant que la maturité des écrans lenticulaires (qui nécessite des puissances de calcul décuplées) puisse permettre de se passer des lunettes à obturateurs séquentiels. Reste qu’aujourd’hui, à  plus de 100 euros la paire de lunettes, le budget 3D des familles nombreuses sera impressionnant !

PROFESSION

• Montée de la vidéo dans l’univers photo : l’introduction au cours de l’été 2008 des premiers reflex disposant d’un mode vidéo HD avait fait plus de bruit que la généralisation d’un mode d’enregistrement vidéo sur 95 % des compacts vendus par millions de pièces ! Le grand public s’est donc habitué à l’usage mixte photo-vidéo de leur appareil photo, et ce sont désormais les professionnels qui doivent y passer ! Face aux réticences de beaucoup d’entre eux, rappelons que beaucoup de photographes de mariage et événementiels créent depuis des années une valeur ajoutée importante avec le reportage vidéo à leur catalogue. Et pour éliminer tout complexe vis à vis de la vidéo, retenons le témoignage* du réalisateur Laurent Jeffrion (qui a assisté le photographe animalier Vincent Munier lors de l’essai en grandeur réelle du Nikon D3s) : « Je lui avais donné de nombreux conseils… Heureusement il n’en a pas tenu compte. Il a réussit des séquences extraordinaires que seul un photographe pouvait faire ». Dont acte.

(*) Propos exprimés lors de l’Atelier de photographie.com du 10 décembre 2009.

• L’Internet mobile entre dans le jeu : le modèle de développement des opérateurs télécom passe par l’Internet mobile. L’effervescence sur le marché des smartphones (Google Nexus 1, Apple iphone…) traduit les enjeux colossaux de ces géants à devenir pourvoyeurs de contenus. Il se trouve que les photographies font partie de ces contenus ! Le principal vecteur de diffusion des photographies deviendra donc rapidement les mobiles (et les tablettes connectées). La conséquence pour les photographes offensifs s’impose : avoir une stratégie multicanal en investissant les écrans ;  adapter leur production pour pénétrer ce marché en ayant une offre multimédia complémentaire aux images statiques.

• Produire des images multimédia : le support de visualisation devenant les écrans, la valorisation des images passent par le contenu associé (textes ou légendes), le mouvement, le diaporama, le stop motion, les vidéos courtes, l’interactivité, l’ambiance sonore… Le web-documentaire, qui mêle photo et vidéo sous forme interactive symbolise ce nouveau produit du futur à commercialiser par les photographes. Les POM (pour « petites œuvres multimédia ») peuvent constituer la base de ces ensembles promis à un bel avenir en permettant d’augmenter la fréquentation et le temps de consultation des sites qui les adopteront. Principal atout des POM : leur réalisation est simple et peu coûteuse pour un photographe isolé.

• Monétiser le « savoir être » de photographe  : la valeur reconnue des photographes est de rendre compte d’une réalité autant par leurs images que par leur posture face aux événements qu’ils photographient. La monétisation de ce travail passe essentiellement aujourd’hui par la perception de droits de reproduction ou la vente d’objets photo (comme des tirages, des albums de mariage…). Mais le « savoir être » du photographe constitue une valeur à part entière. Celle-ci est rarement valorisée directement ou seulement sous le prétexte de la transmission d’un savoir faire technique. Conférences, ateliers et formations sont les deux lieux de cette transmission et de création de liens avec un public avide d’expériences humaines.  Pour caricaturer, disons comme Denis Manuel, oncle de Frédéric Beigbeder, cité dans Un roman Français :  « L’histoire on s’en fout, c’est l’auteur qui compte. »

SOCIETE

• Des liens plutôt que des biens : la juxtaposition des deux crises (économique et écologique) aura eu deux conséquences sur les consommateurs : une volonté de dépenser juste pour pouvoir réserver une part de leur budget aux dépenses de plaisir  (transformant les soldes en guérillas commerciales) ; une conscience environnementale accrue, sanctionnant l’irresponsabilité écologique. Dans ce contexte, les grands distributeurs qui font reposer le plus souvent la responsabilité sur les fabricants n’ont qu’à bien se tenir. L’occasion rêvée pour les artisans/commerçants de proximité de jouer la carte de la responsabilité environnementale. D’autant qu’à travers cette injonction aux acteurs de l’économie à être plus responsables, ce sont les valeurs d’humanité qui sont réclamées à cors et à cris. Celles que la guerre économique met justement à l’index.

• Montée du micro-paiement : un seul modèle, — le micro-paiement—, explique le succès de l’iTunes Store, de l’AppStore, de Fotolia, de la VOD d’Orange, des émissions télévisées faisant appel aux SMS surtaxés, des services de consultation en ligne …  Faut-il vendre une photo 500 euros ou 500 fois une photo dématérialisée à 1 euro ? Le débat peut être vite évacué par les membres du GNPP qui font la preuve depuis soixante années que la matérialisation des photos constitue un modèle économique solide (le marché de la photo d’Art ne s’est jamais aussi bien porté). Mais cela ne doit pas nous faire ignorer que d’autres acteurs du marché font appel à d’autres modèles économiques pour répondre aux nouveaux besoins des consommateurs. Il ne s’agit pas de s’opposer aux nouveaux modes de rémunération de l’économie dématérialisée, mais de se protéger des effets de dérégulation qu’ils provoquent. Et sur ce terrain, le marché sera toujours plus fort que les lois.

• Puissance des réseaux sociaux en ligne : selon l’Observatoire des réseaux sociaux d’IFOP (janvier 2010), 77 % des internautes français déclarent être membre d’au moins un des grands réseaux sociaux en ligne. Un internaute français sur deux est membre de copainsdavant.com et près d’un sur deux de Windows Live. 37 % des internautes sont membres de Facebook (en progression de 14 % sur un an !). Twitter est loin derrière en représentant 5% des internautes, mais sa progression est fulgurante.  Flickr, principal site de partage de photos en France, rassemble 4 % des internautes. Ces données recueillies en novembre 2009 et publiée début janvier 2010 donnent la mesure du phénomène (étude à télécharger en cliquant ici). Les réseaux sociaux en ligne sont devenus les vecteurs les plus puissants d’échanges des photographies, conférant à celles-ci (en moins de cinq années !) un nouveau statut « conversationnel », en décuplant chez nous tous le besoin de prendre des photos.  Le marché des appareils photo profite de cette évolution qui a vu l’appareil photo devenir un objet social indispensable pour créer du lien (sur place et à distance). On peut trouver là l’explication des ventes historiques enregistrée sur ce marché en France en  2009 en pleine crise économique (5,1 millions d’appareils commercialisés selon Sipec).

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Pixtrakk : 1er service de traçabilité des photos

15 janvier 2010

Proposé par Pixways, le service Pixtrakk permet aux photographes professionnels de repérer la parution de leurs photos dans les publications françaises

Le fait

Depuis le 1er décembre 2009, la société française Pixways (connue en France et aux Etats-Unis pour son service PixPalace de diffusion par serveurs locaux de photos d’agences) a lancé un service d’aide à la pige baptisé Pixtrakk. Ce dernier accessible par le site www.pixtrakk.com permet aux auteurs de retrouver leurs photos lorsqu’elles sont publiées dans les journaux et magazines en France (et donc de facturer sans attendre le justificatif de parution), ou de faire valoir leurs droits dans le cas de photos publiées sans leur consentement . Ce service qui s’adresse aujourd’hui aux agences photo et aux photographes indépendants permet — moyennant un abonnement mensuel de respectivement 50 ou 100 euros + 0,9 euros par photo retrouvée — de « traquer» les photos. Ce service utilise la base de données des publications françaises de TNS Media Intelligence à partir de laquelle la recherche est effectuée en ayant recours au moteur de comparaison d’images de LTU Technologies.

Le décryptage

Ce que nous avancions dans « Décryptages » le 21 avril 2009 sous le titre  « Google Similar Images : pistez vos images ! » devient réalité grâce à Pixtrakk qui utilise une technologie française  (celle de LTU Technologies) pour comparer les images déposées sur le site Pixtrakk et celles contenues dans la base des magazines français et journaux d’entreprises de TNS Media Intelligence. L’intérêt majeur de ce service est qu’il permet d’identifier les photos intégralement reproduite, mais également les emprunts d’une portion d’image dans un photo-montage. Pour José Vocquez, directeur commercial de Pixways, le modèle économique de cette solution est rendu possible par une utilisation à coûts marginaux de ressources coûteuses (en effet, la base de données TNS Media Intelligence et le moteur de comparaison de LTU Technologies sont rentabilisées sur d’autres applications à forte valeur ajoutée). La surveillance du Web fera l’objet d’une extension de service : le lancement de celle-ci demandera à Pixways de résoudre une délicate équation économique entre prix de revient de l’exploration du Web et les possibilités financières des agences. Une solution que le site américain www.picscout.com semble avoir trouvé moyennant une autre technologie, un pourcentage sur les droits récupérés et un volume de photos soumises très élevé.

Au moins dans cette effervescence autour de la traçabilité des photos,  les professionnels savent aujourd’hui qu’ils disposeront bientôt d’un outil de recherche fiable qui leur permettra de faire respecter leurs droits face à l’utilisation délictueuse de leur production. Un facteur de sérénité à l’ouverture de cette nouvelle décennie ?