La 3D* s’invite au congrès de l’UPC

5 février 2010

Jean-Bernard Debreux interviewé par Frédéric Buxin le 30 janvier lors du congrès de l’UPC : du papier à la réalité augmentée.

Le fait

Les photographes Lucien Clergue et Reza furent les deux invités vedettes du dernier Congrès de l’UPC qui s’est tenu les 30 et 31 janvier dernier dans les nouveaux studios photo Canalpix d’Aubervilliers .  Ce congrès aura entériné la fusion des deux entités UPC et Freelens au sein d’une organisation unique baptisée « Union des Photographes Professionnels »(voir les compte-rendus sur le site de l’UPC et de photographie.com en cliquant ici et ). Mais ces rencontres ont également été marquées par l’intervention de Jean-Bernard Debreux, responsable de Canalpix et directeur des systèmes d’informations d’Astuce productions : une société parisienne qui produit des photographies publicitaires 3D hyper-réalistes directement à partir des fichiers CAO des industriels…

Décryptages

Le développement de nouveaux modèles économiques imposent la remise en cause de pratiques traditionnelles, et leur émergence s’inscrit dans un continuum culturel : du diaporama de Lucien Clergue consacré à son œuvre, à la démonstration des processus métier permettant d’obtenir une photographie hyperréalistes à partir de fichiers filaires, le grand écart revendiqué par Frédéric Buxin pour cette première matinée de congrès,  illustrait idéalement la réalité d’un même métier : celui de photographe. Outre l’intérêt d’ouvrir le champ de la réflexion sur « Que signifie être photographe aujourd’hui ? »  et de donner une vision sur l’avenir proche de la photographie d’objet, cette programmation repose la question de la formation des professionnels aux pratiques émergentes et donc la vision des élites professionnelles sur leur  métier…

« Le risque de déclassement professionnel ne doit pas être craint », estime Jean-Bernard Debreux lorsque les photographes 3D interviennent dans le processus de création d’une image publicitaire sous Autocad ou Fusion 3D : « ce n’est pas un graphiste qui va faire la lumière » rappelle-t-il, rassurant l’auditoire… D’ailleurs, Astuce Productions qui réalise l’iconographie publicitaire de Citroën paie des droits aux photographes 3D comme s’il s’agissait d’une prise de vue « normale ». Et d’annoncer que chez Vuitton, le workflow photo s’appuiera bientôt sur des créations photographiques créées à partir des fichiers CAO. Cette étape franchie, celle de la Réalité Augmentée (RA) pourra se développer avec des applications extraordinaires comme celle développées pour la nouvelle Citroën Picasso (voir la vidéo en cliquant ici). Dans ces perspectives, une chose est certaine : la prise de vue traditionnelle n’est pas oubliée. Pour preuve, les investissements énormes que le créateur d’Astuce Productions, Marius Manzone, vient de réaliser pour créer 4 500 m2 de studios sur quatre niveaux à quelques minutes de Paris…

A lire également, l’interview de Jean-Bernard Debreux sous le titre « Astuce Productions va au-delà de la réalité » sur le blog de la rédaction de Industries &Technologies (cliquez-ici).
(*) Le terme 3D s’applique bien à la production par les moyens de traitements numériques d’images photo et vidéo réalistes. Cette désignation a été recyclée improprement pour désigner les procédés reproduisant l’effet de relief grâce à la stéréoscopie (avec ou sans lunettes) par l’industrie du divertissement. Selon le contexte, le sens affecté au terme est donc variable… et il faudra s’y faire !

Olympus et le défi de la simplicité

5 février 2010

Le nouvel Olympus Pen E-PL1 intègre une remarquable interface intuitive : une priorité pour toucher un public plus large.

Le fait

Olympus intègre sur son dernier bijou, le Pen E-PL1 un mode « Tips » (= astuces) qui rappelle les règles du cadrage, mais également un mode « Live Guide » qui permet d’accéder à une nouvelle interface via l’écran dorsal et les touches latérales.  Ce guide intuitif permet d’accéder à des réglages de base grâce à des pictogrammes et des barres de réglage (comme on le fait pour ajuster les réglages de son téléviseur). Pour la première fois le contrôle de la profondeur de champ devient accessible facilement en temps réel, grâce à une commande d’arrière plan « +net / + flou ».

Décryptage

Trente années d’automatismes ont lavé les cerveaux. Les trois principaux paramètres de prise de vue (vitesse/diaphragme/sensibilité) sont oubliés ou n’ont jamais été évoqués auprès des consommateurs. Ne le regrettons pas, la simplicité apportée par ces automatismes a été l’un des principaux facteurs de bonne santé de ce marché ! Rappelons que les « jetables » furent déterminants pour convertir à la photographie 10 % de la population (ramenant en France le taux de non-pratiquants de 25 % à 15 % au début des années 90). Mais comme pour les jetables, seule la technologie a permis d’avancer sur le terrain de la simplicité : il s’agissait à l’époque de disposer de films capables d’encaisser des écarts d’exposition de plus de six diaphragme et de savoir mouler des lentilles asphériques. Aujourd’hui la même problématique se pose en technologie numérique pour vulgariser les notions créatives complexes (dont le contrôle de la profondeur de champ fait partie) : capteurs de taille importante, zooms lumineux et économiques, processeurs véloces. L’enjeu est de taille puisque la motivation d’achat d’un appareil comme le Pen E-PL1 (qui sera vendu 549 euros boîtier nu en mars) se justifie par la satisfaction espérée en termes de résultats. Or personne n’ignore que la qualité d’une photographie ne s’évalue pas seulement d’un point de vue technique, mais … artistique (où justement la gestion de notions complexes de prise de vue intervient). En proposant cette nouvelle interface, Olympus, comme toutes les grandes marques de reflex, est face à un véritable défi : rendre simple à utiliser des appareils High Tech, qualitatifs et coûteux  afin que les consommateurs qui ne connaissent rien et ne veulent rien connaître puissent faire comme ceux qui savent. Et il serait suicidaire de laisser de côté cette cible si large et si éprise de photographie…


La reconnexion, moteur du marché !

5 février 2010

Une fête en 3D à distance "comme si vous y étiez" : Kodak annonce que les moyens numériques de demain permettront d'être en lien avec les autres à volonté. A l'image des réseaux sociaux d'aujourd'hui.

Le fait

Pour la présentation de sa nouvelle gamme de compacts, Kodak a rendu public le 29 janvier dernier les conclusions d’une étude de The Future Laboratory baptisée « The Future of the Reconnectivity » qui étudie en détails comment les moyens numérique en général et la photographie en particuliers répondent à notre besoin de reconnexion avec nos proches. Commentée par les sociologues Dominique Cardon (chercheur chez Orange Labs) et André Gunthert (Maître de conférences à  l’EHESS*) cette étude apporte pour la première fois la confirmation du rôle central tenu par les images sur l’émergence de la « famille numérique» composée de membres connectés.

Le décryptage

Totalement déconnectées de la fonction mémoire —qui tenait lieu de prétexte à la prise de vue amateur—, l’importance de la photo conversationnelle (dominante chez les public juvéniles comme le démontrait le baromètre API/Ipsos en 2009) a largement été sous-estimée — voire niée­ — par les acteurs du secteur photo qui voyaient mal quels profits ils allaient pouvoir en tirer (puisque leur modèle économique reposait principalement sur la matérialisation des photos sur support papier). De plus, elle profitait largement au monde de l’Internet en contribuant à une valorisation boursière sans précédent des sites communautaires.…

Le hasard veut que cette étude Kodak tombe au moment même où le cabinet Future Source Consulting et le paneliste GfK annoncent la première baisse du marché des tirages 10 x 15 en France et en Europe… Cette baisse de la consommation de tirages et le choix de délivrer cette première étude consacrée au rôle de la photo dématérialisée marque une rupture pour le secteur photo, et encore plus pour Kodak, habitué à promouvoir une culture de la photo sur papier.

Mais à toute chose malheur est bon : si les tirages souffrent, en revanche les ventes d’appareils photo progressent, enregistrant cette année un record historique en France : cinq millions d’unités, soit une croissance de 5 % en volume avec en prime une évolution de + 10 % en valeur !  L’Internet communautaire est donc bien devenu le moteur des ventes des appareils photo. Et le partage facile la valeur ajoutée de la photographie d’aujourd’hui. Vous avez-dit « Easy share » ?…

A découvrir : la synthèse de la table ronde Kodak du 29 janvier en vidéo en cliquant ici
(*) Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales.

Les dix tendances de l’année 2010

15 janvier 2010

La décennie promet d’être passionnante. Elle débute avec une année qui s’annonce sous le signe du redressement économique et celui-ci interviendra à l’avènement d’un nouveau cycle de développement des technologies numériques. Après une dizaine d’années de promesses contrariées par le manque de puissance des processeurs, le sous développement des réseaux et la complexité de mise en œuvre des équipements, la convergence numérique passe à sa phase vertueuse, celle du tout connecté et de la simplicité d’usage. Conséquence, à partir de 2010 les contenus pourront circuler selon nos lubies et nos besoins entre nos lieux de vie (travail, maison) et nos terminaux personnels (partout ailleurs). Le web devient le centre de tout, le contenu et la puissance informatique se placent au milieu de nulle part (grâce au Cloud computing et aux services hébergés). Jusque là, rien que l’on ne sache déjà, mais autant le rappeler en ce début d’année 2010 puisque nous entrons dans une décennie qui promet d’être celle de la dématérialisation.

Pour les photographes professionnels — qui ne peuvent se soustraire à l’impact d’une (r)évolution où les écrans se placent toujours plus au centre de nos vies—, quelles seront les conséquences ? Elles sont innombrables tant les interactions seront complexes entre maturité numérique du public (renforcée par l’arrivée des digital natives dans la grande communauté des consommateurs), agilité des comportements d’achat du grand public, mobilisation environnementale des acheteurs et… ruptures technologiques possibles (par définition imprévisibles).  Reste que l’observation du marché aujourd’hui et les annonces des industriels, permettent de dessiner sans risque de (trop) se tromper les tendances à venir.

MARCHES GRAND PUBLIC

• Le maintien de la croissance du marché des reflex : les perspectives sont dégagées pour 2010 ; après un record de vente  en 2009 (près 530 000 pièces selon les prévisions de GfK, soit une croissance de 22 %) le marché des reflex restera bien orienté et soutenu par les nouvelles fonctionnalités vidéo HD. Le marché des objectifs reste également très prometteur. En revanche, faute d’innovation de rupture poussant les consommateurs à renouveler leur équipement (exemples :  GPS, connexion WiFi, services Internet associés…), les ventes de compacts marqueront un recul après une année 2009 mieux orientée que prévu (-0,5 % à fin septembre 2009 selon GfK).

• Poursuite du succès des albums photo personnalisés : meilleur levier de croissance des services photo (par le CA et la marge dégagés) la progression des ventes d’albums personnalisés se poursuivra sans baisse sensible de prix moyen (selon Future Source). La créativité et l’innovation peut (et doit) intervenir à chaque fois que la pression concurrentielle pousse le marché à réviser les prix à la baisse. Selon Future Source Consulting, le potentiel de croissance du marché reste élevé pour les magasins, même si les réseaux de proximité n’ont pesé en 2009  « que » 15 % des volumes commercialisés en France (soit 300 000 albums).

• Entrée de la 3D sur le marché de l’EGP : destinés dans un premier temps aux joueurs, les écrans et ordinateurs « 3D compatibles » permettant la visualisation de jeux (et films 3D) permettront de doper le marché des PC. Les téléviseurs 3D seront également une des priorités des grands électroniciens. Après le Full HD, le 3D a pour mission de faire rebondir le marché des écrans plats durant les cinq prochaines années, avant que la maturité des écrans lenticulaires (qui nécessite des puissances de calcul décuplées) puisse permettre de se passer des lunettes à obturateurs séquentiels. Reste qu’aujourd’hui, à  plus de 100 euros la paire de lunettes, le budget 3D des familles nombreuses sera impressionnant !

PROFESSION

• Montée de la vidéo dans l’univers photo : l’introduction au cours de l’été 2008 des premiers reflex disposant d’un mode vidéo HD avait fait plus de bruit que la généralisation d’un mode d’enregistrement vidéo sur 95 % des compacts vendus par millions de pièces ! Le grand public s’est donc habitué à l’usage mixte photo-vidéo de leur appareil photo, et ce sont désormais les professionnels qui doivent y passer ! Face aux réticences de beaucoup d’entre eux, rappelons que beaucoup de photographes de mariage et événementiels créent depuis des années une valeur ajoutée importante avec le reportage vidéo à leur catalogue. Et pour éliminer tout complexe vis à vis de la vidéo, retenons le témoignage* du réalisateur Laurent Jeffrion (qui a assisté le photographe animalier Vincent Munier lors de l’essai en grandeur réelle du Nikon D3s) : « Je lui avais donné de nombreux conseils… Heureusement il n’en a pas tenu compte. Il a réussit des séquences extraordinaires que seul un photographe pouvait faire ». Dont acte.

(*) Propos exprimés lors de l’Atelier de photographie.com du 10 décembre 2009.

• L’Internet mobile entre dans le jeu : le modèle de développement des opérateurs télécom passe par l’Internet mobile. L’effervescence sur le marché des smartphones (Google Nexus 1, Apple iphone…) traduit les enjeux colossaux de ces géants à devenir pourvoyeurs de contenus. Il se trouve que les photographies font partie de ces contenus ! Le principal vecteur de diffusion des photographies deviendra donc rapidement les mobiles (et les tablettes connectées). La conséquence pour les photographes offensifs s’impose : avoir une stratégie multicanal en investissant les écrans ;  adapter leur production pour pénétrer ce marché en ayant une offre multimédia complémentaire aux images statiques.

• Produire des images multimédia : le support de visualisation devenant les écrans, la valorisation des images passent par le contenu associé (textes ou légendes), le mouvement, le diaporama, le stop motion, les vidéos courtes, l’interactivité, l’ambiance sonore… Le web-documentaire, qui mêle photo et vidéo sous forme interactive symbolise ce nouveau produit du futur à commercialiser par les photographes. Les POM (pour « petites œuvres multimédia ») peuvent constituer la base de ces ensembles promis à un bel avenir en permettant d’augmenter la fréquentation et le temps de consultation des sites qui les adopteront. Principal atout des POM : leur réalisation est simple et peu coûteuse pour un photographe isolé.

• Monétiser le « savoir être » de photographe  : la valeur reconnue des photographes est de rendre compte d’une réalité autant par leurs images que par leur posture face aux événements qu’ils photographient. La monétisation de ce travail passe essentiellement aujourd’hui par la perception de droits de reproduction ou la vente d’objets photo (comme des tirages, des albums de mariage…). Mais le « savoir être » du photographe constitue une valeur à part entière. Celle-ci est rarement valorisée directement ou seulement sous le prétexte de la transmission d’un savoir faire technique. Conférences, ateliers et formations sont les deux lieux de cette transmission et de création de liens avec un public avide d’expériences humaines.  Pour caricaturer, disons comme Denis Manuel, oncle de Frédéric Beigbeder, cité dans Un roman Français :  « L’histoire on s’en fout, c’est l’auteur qui compte. »

SOCIETE

• Des liens plutôt que des biens : la juxtaposition des deux crises (économique et écologique) aura eu deux conséquences sur les consommateurs : une volonté de dépenser juste pour pouvoir réserver une part de leur budget aux dépenses de plaisir  (transformant les soldes en guérillas commerciales) ; une conscience environnementale accrue, sanctionnant l’irresponsabilité écologique. Dans ce contexte, les grands distributeurs qui font reposer le plus souvent la responsabilité sur les fabricants n’ont qu’à bien se tenir. L’occasion rêvée pour les artisans/commerçants de proximité de jouer la carte de la responsabilité environnementale. D’autant qu’à travers cette injonction aux acteurs de l’économie à être plus responsables, ce sont les valeurs d’humanité qui sont réclamées à cors et à cris. Celles que la guerre économique met justement à l’index.

• Montée du micro-paiement : un seul modèle, — le micro-paiement—, explique le succès de l’iTunes Store, de l’AppStore, de Fotolia, de la VOD d’Orange, des émissions télévisées faisant appel aux SMS surtaxés, des services de consultation en ligne …  Faut-il vendre une photo 500 euros ou 500 fois une photo dématérialisée à 1 euro ? Le débat peut être vite évacué par les membres du GNPP qui font la preuve depuis soixante années que la matérialisation des photos constitue un modèle économique solide (le marché de la photo d’Art ne s’est jamais aussi bien porté). Mais cela ne doit pas nous faire ignorer que d’autres acteurs du marché font appel à d’autres modèles économiques pour répondre aux nouveaux besoins des consommateurs. Il ne s’agit pas de s’opposer aux nouveaux modes de rémunération de l’économie dématérialisée, mais de se protéger des effets de dérégulation qu’ils provoquent. Et sur ce terrain, le marché sera toujours plus fort que les lois.

• Puissance des réseaux sociaux en ligne : selon l’Observatoire des réseaux sociaux d’IFOP (janvier 2010), 77 % des internautes français déclarent être membre d’au moins un des grands réseaux sociaux en ligne. Un internaute français sur deux est membre de copainsdavant.com et près d’un sur deux de Windows Live. 37 % des internautes sont membres de Facebook (en progression de 14 % sur un an !). Twitter est loin derrière en représentant 5% des internautes, mais sa progression est fulgurante.  Flickr, principal site de partage de photos en France, rassemble 4 % des internautes. Ces données recueillies en novembre 2009 et publiée début janvier 2010 donnent la mesure du phénomène (étude à télécharger en cliquant ici). Les réseaux sociaux en ligne sont devenus les vecteurs les plus puissants d’échanges des photographies, conférant à celles-ci (en moins de cinq années !) un nouveau statut « conversationnel », en décuplant chez nous tous le besoin de prendre des photos.  Le marché des appareils photo profite de cette évolution qui a vu l’appareil photo devenir un objet social indispensable pour créer du lien (sur place et à distance). On peut trouver là l’explication des ventes historiques enregistrée sur ce marché en France en  2009 en pleine crise économique (5,1 millions d’appareils commercialisés selon Sipec).


Pixtrakk : 1er service de traçabilité des photos

15 janvier 2010

Proposé par Pixways, le service Pixtrakk permet aux photographes professionnels de repérer la parution de leurs photos dans les publications françaises

Le fait

Depuis le 1er décembre 2009, la société française Pixways (connue en France et aux Etats-Unis pour son service PixPalace de diffusion par serveurs locaux de photos d’agences) a lancé un service d’aide à la pige baptisé Pixtrakk. Ce dernier accessible par le site www.pixtrakk.com permet aux auteurs de retrouver leurs photos lorsqu’elles sont publiées dans les journaux et magazines en France (et donc de facturer sans attendre le justificatif de parution), ou de faire valoir leurs droits dans le cas de photos publiées sans leur consentement . Ce service qui s’adresse aujourd’hui aux agences photo et aux photographes indépendants permet — moyennant un abonnement mensuel de respectivement 50 ou 100 euros + 0,9 euros par photo retrouvée — de « traquer» les photos. Ce service utilise la base de données des publications françaises de TNS Media Intelligence à partir de laquelle la recherche est effectuée en ayant recours au moteur de comparaison d’images de LTU Technologies.

Le décryptage

Ce que nous avancions dans « Décryptages » le 21 avril 2009 sous le titre  « Google Similar Images : pistez vos images ! » devient réalité grâce à Pixtrakk qui utilise une technologie française  (celle de LTU Technologies) pour comparer les images déposées sur le site Pixtrakk et celles contenues dans la base des magazines français et journaux d’entreprises de TNS Media Intelligence. L’intérêt majeur de ce service est qu’il permet d’identifier les photos intégralement reproduite, mais également les emprunts d’une portion d’image dans un photo-montage. Pour José Vocquez, directeur commercial de Pixways, le modèle économique de cette solution est rendu possible par une utilisation à coûts marginaux de ressources coûteuses (en effet, la base de données TNS Media Intelligence et le moteur de comparaison de LTU Technologies sont rentabilisées sur d’autres applications à forte valeur ajoutée). La surveillance du Web fera l’objet d’une extension de service : le lancement de celle-ci demandera à Pixways de résoudre une délicate équation économique entre prix de revient de l’exploration du Web et les possibilités financières des agences. Une solution que le site américain www.picscout.com semble avoir trouvé moyennant une autre technologie, un pourcentage sur les droits récupérés et un volume de photos soumises très élevé.

Au moins dans cette effervescence autour de la traçabilité des photos,  les professionnels savent aujourd’hui qu’ils disposeront bientôt d’un outil de recherche fiable qui leur permettra de faire respecter leurs droits face à l’utilisation délictueuse de leur production. Un facteur de sérénité à l’ouverture de cette nouvelle décennie ?


Le marché entre en 3D*

17 décembre 2009

Le film Avatar de James Cameron précède de peu l'entrée du marché de l'EGP dans une nouvelle phase de son développement grâce à la 3D.

Le kit Nvidia 3D Vision permet depuis avril 2009 d'accéder à la vision stéréographique sur écran 120 Hz pour environ 140 euros TTC.

Le fait

La sortie le 16 décembre 2009 du film Avatar de James Cameron est présenté comme un événement majeur pour l’industrie du cinéma. Par la puissance des moyens mis en œuvre par les studios Fox pour sa production (un nouveau record  à 310 millions de dollars !), la technologie déployée pour sa réalisation (modélisation 3D temps réel avec des acteurs filmés), mais également pour sa diffusion 3D* (projection sans copie matérielle dans 20% des salles françaises) et dans 261 salles IMAX dans le monde… Mais plus encore, parce que l’impact médiatique, et les effets sidérants de la technologie mise en œuvre par le réalisateur de Titanic, prépare une offensive 3D sur l’ensemble de l’industrie de l’électronique grand public.

Le décryptage

L’histoire du cinéma retiendra sans doute Avatar comme le film emblématique de l’incursion de la 3D dans l’industrie de « l’entertainement » de masse, comme Toy Story le fut en 1995 pour le dessin animé qui pour la première fois fut entièrement réalisé en images de synthèse. Jusqu’alors la restitution 3D était essentiellement réservée aux parcs d’attraction pour des films courts dont les effets outrés et spectaculaires donnaient souvent mal à la tête. En réalité cette sortie d’Avatar donne le top départ d’un nouveau marché auxquels les géants de l’électronique grand public se préparent depuis cinq ans. Les éditeurs de jeux vidéos sont également dans les starting-blocks, eux qui depuis six à sept ans développent des jeux en 3D, qui sont — faute d’écrans et de processeurs assez rapides !—, utilisés par les joueurs en 2D. Mais 2013, le marché des téléviseurs 3D devrait frôler les 14 millions de pièces selon Screen Digest tandis que les PC à écrans compatibles 3D, les consoles, les lecteurs Blu Ray et les vidéoprojecteurs auront été convertis au 3D.

L’arrivée en magasin en avril 2009 d’un kit GeForce développé par Nvidia composé d’une carte graphique et de lunettes (140 euros environ),  rendant la 3D accessibles aux geeks et gamers marque la première avancée sur ce segment. Selon Stéphane Quentin, chef de produit chez Nvidia, plus de 10 000 kits ont trouvé preneurs en huit mois, alors que seul un fabricant commercialisait un écran 120 Hz nécessaire au confort de la vision stéréographique (2 fois 60 images projetées par seconde). Mais les choses évolueront vite en 2010 : depuis septembre 2009, tous les fabricants ont présentés des téléviseurs HD autorisant la restitution 3D en faisant appel à des lunettes synchronisées (mais sans programme hors les films Blu-Ray 3D attendus au printemps) et les consoles de jeux (comme la PS 3) . 2010 marquera donc l’année zéro de la 3D grand public, avec comme cible prioritaire les joueurs, puisque près de 450 jeux  sont utilisables en 3D dès que les consommateurs se seront équipés d’un écran compatible.

Les photographes sont-ils concernés par le phénomène 3D ? Oui bien sûr ! Les photographes ne peuvent pas se soustraire à un écosystème où les liens entre les modes de représentations visuelles sont en interaction. Il s’agit pour les artistes et créatifs d’explorer de nouveaux champs d’expression 3D qui sont complémentaires de la restitution 2D. Plus globalement, dans une logique de promotion marketing des solutions proposées par les marques, il s’agit de vendre le surcroît d’émotions qui attire le consommateur (cf. notre post du 1er décembre sur la vision de René Barjavel dans « Cinéma Total »). En conséquence, les photographes devront investir ce nouveau champ d’expression, afin de savoir ce qu’ils peuvent en faire au-delà des préjugés qu’ils ont vis-à-vis de cette technique. Les chefs opérateurs français réunis en colloque à l’Ecole Louis Lumière le 3 décembre dernier, ne se posent plus la question. Ils sont obligés d’acquérir de nouvelles compétences en stéréographie afin de pouvoir offrir un cinéma de qualité au public et ne pas se déclasser professionnellement. Les photographes doivent donc se préparer à devenir des stéréographes, spécialité qui sera sans doute très prisée dans les prochaines années…

(*) La dénomination 3D est un abus de langage pour désigner un procédé de restitution stéréographique, mais ce dernier terme plus juste reste trop technologique et n’est quasiment jamais utilisé en marketing.

Pour une écologie photographique

17 décembre 2009

Le fait

Gérard Mermet , directeur depuis treize ans de Francoscopie* — guide de référence annuel sur l’évolution de la société française —, estime que celle-ci est en situation de rupture. Parmi les ruptures identifiées (individus/institutions, temps/espace, citoyen/modèle républicain), l’auteur met en avant la rupture environnementale comme principal fait marquant de 2009 pour les Français, « même si, précise-t-il, celle-ci n’apparaît pas au premier plan des préoccupations, c’est là qu’est l’urgence ».  Dans une interview accordée à Isabelle Musnik, rédactrice en chef du site www.influencia.net, Gérard Mermet précise le sens de cette rupture : « Il y a une prise de conscience qu’on vit dans un monde très différent du précédent, moins prévisible et plus dangereux et qu’il va falloir changer de modèle de société ». Une analyse qui renvoie directement aux conclusions de la dernière étude Briefing de l’Agence Australie à lire ci-dessous.

Le décryptage

A l’heure où les derniers arbitrages du sommet de Copenhague sont en cours, et où l’humanité doit relever le défi de conjuguer les contraintes de la nouvelle démographie mondiale avec celles de la raréfaction des ressources naturelles, le secteur de la photographie reste muet. Un silence assourdissant auquel le dernier Salon de la photo 2009 n’a pas dérogé. La réglementation européenne tient lieu de ligne de conduite pour les industriels, condition insuffisante pour en faire un argument de vente vis-à-vis des consommateurs qui n’en demandent pas plus. Les distributeurs seraient les plus volontaires…, en laissant aux fabricants le soin de régler la note, comme la loi les y oblige d’ailleurs !  Tout cela, pour un retour sur investissement improbable, puisque le grand public n’a pas encore la maturité, ni même les outils pour sélectionner les produits et services les plus éco-responsables (notamment par l’étiquetage). Au moins peut-on s’honorer que notre secteur photo n’ait pas recours au « green-washing » comme d’autres secteurs n’hésitent pas à le faire.

Dans un contexte où, on l’aura compris, l’action globale est lente et difficile, l’action locale des photographes peut être utilisée pour conforter une image éco-responsable en adoptant des gestes simples comme autant de signes qui imposent, par leur multiplicité, que le professionnel est concerné par cette rupture des mentalités : éclairage basse énergie, containers de récupération des piles et accus, service de recyclage des cartouches, offre de produits éco-responsables, incitation à la reprise des équipements anciens (comme la règlementation DEEE oblige à le faire), service de réparation performant (évitant la mise au rebus), sacs de caisses biodégradables, tri-sélectif des déchets du studio, de l’atelier ou du magasin, récupération des effluents chimiques des minilabs, véhicule sobre… sont autant de signes qui désormais font partie des attentes des consommateurs. Evidemment, ces derniers — nous le savons que trop, puisque nous devons nous-mêmes gérer cette contradiction —, n’hésiteront pas à choisir le produit le moins cher… en fermant les yeux sur le dumping écologique qui leur permet de faire une bonne affaire…

Bien que controversé —pour de fausses bonnes raisons—, le film « Home » de Yann Arthus-Bertrand a largement prouvé le 5 juin dernier comment le statut particulier du photographe (ultra-médiatique certes…) permettait plus que pour d’autres leaders d’opinion (réalisateurs, personnalités politiques ou artistes) d’éveiller les conscience et de parler au nom de ses contemporains. En dépit de la détestable image des paparazzi auprès du grand public, le photographe reste associé à une image d’inlassable observateur des autres et du monde. Une image utile dans le défi environnemental qui nous préoccupe et autour duquel la vie économique va trouver un nouveau rebond. Autant ne pas ternir cette bonne image du secteur (justifiée ou non) par inertie…

(*) Francoscopie 2010. 13è édition parue chez Larousse en octobre 2009. 32 euros TTC.

Satiété de consommation

17 décembre 2009


L'étude d'Australie fait la synthèse des mouvements qui agitent la société française et la manière dont les consommateurs ont évolué en 2009.

Le fait

Australie, agence de communication parisienne, vient de publier son Edition 2010 de Briefing, un document qui analyse les comportements des consommateurs en France au cours de l’année écoulée. Sous le titre « Nouveaux appétits »,  cette édition rappelle ce que nous savions : « Tout change de plus en plus vite, et il est de plus en plus difficile de prévoir ». Mais décrypte avec précision ce qui s’est cassé dans la machine pourtant bien huilée du consommateur de l’année 2009. Et le constat rappelle celui de Gérard Mermet de Francoscopie :  Nous sommes passés d’une société de consommation à une satiété de consommation.

Le décryptage

Il va falloir réviser les poncifs du marketing. Car la crise économique a bon dos pour expliquer la baisse de la consommation des ménages au cours des derniers 18 mois (à l’exception du marché des appareils photo qui enregistrera son plus haut historique avec 5,2 millions d’unités !). La chute libre du moral des ménages avait débuté selon l’INSEE dès la fin 2006 (permettant à notre président de saisir le thème porteur de la défense du pouvoir d’achat ). Au moins cette crise a t’elle permis au consommateur de prendre conscience de l’incohérence de certains de ses comportements et de reprendre la main en s’affranchissant des pensées uniques distillées à l’envie par les institutionnels, les responsables politiques et les marques (une dose d’utopie, une dose d’espoir, une dose de citoyenneté, une dose de pugnacité,  une dose de générosité, une dose de réalisation de soi… le tout arrosé par une rasade de consommation débridée !).

Le bilan n’est pas aussi sombre qu’il n’y paraît  finalement et les photographes de proximité doivent prendre en compte ces quelques tendances pour en faire des outils de conquête  :

• Le besoin  d’échanger entre « pairs » : la montée des réseaux communautaires et la croissance du trafic de twitter traduit cette tendance (source eMarketer). L’entretien du réseau social devient en 2010 une priorité, l’isolement un arrêt de mort…

• La propension à faire toujours plus confiance aux proches (source The Nielsen Company) au détriment des institutions et des marques : la proximité est donc une valeur qui monte. La qualité d’écoute, l’attention au véritable besoin du client (pas toujours exprimé clairement) devient un enjeu fort. Capitalisez sur l’empathie et le lien.

• L’envie de faire la fête (source : association Les vieillies charrues) comme moyen de compenser la dématérialisation des échanges et de créer des liens sociaux. Une source de profit pour les photographes événementiels, mais également pour les revendeurs d’appareils de dernière génération (considéré comme objet statutaire individuel).

• L’envie de partager les grands moments (source Médiamétrie) et les émotions, comme le succès des grandes messes médiatiques et compassionnelles l’atteste. L’augmentation des pratiques photographiques amateurs reflète cette envie de communion autour d’événements publics. L’augmentation de la fréquentation des salles de cinéma répond également à ce besoin d’éprouver ensemble.

• L’envie d’être respecté par les marques, d’être compris par elles (source Australie/TNS Sofres 2008): toute proposition commerciale manquant de transparence, surévaluée ou qui essaie de berner le client est immanquablement sanctionnée.

En synthèse Australie préconise quatre points en parlant au nom du consommateur : « En 2010, pour nous donner envie, les marques devront oser et être exigeantes. Oser répondre à nos nouvelles faims. Savoir nous faire des propositions réellement intéressantes. Faire des offres qui respectent les consommateurs exigeants que nous sommes devenus ». Un défi à relever.


L’éphémère comme valeur sure !

1 décembre 2009

 

Situé au 47 boulevard de Sébastopol à Paris, le Windows Café de Microsoft restera ouvert jusqu'à la fin décembre.

Le fait

Pour le lancement de Windows 7, Microsoft a opté pour l’ouverture le 22 octobre dernier d’un Café éphémère à Paris.  Celui-ci fermera ses portes fin décembre. Cette initiative n’est pas nouvelle ni unique, les lieux éphémères — boutiques ou lieux de restauration— se multiplient dans le monde depuis cinq ans à l’occasion de lancement de nouveaux produits ou pour séduire une nouvelle clientèle. A Paris cette fin d’année 2009 aura vu fleurir de nombreuses initiatives : boutique Prada place Beauvau, boutique Michael Jackson à l’Olympia, Galerie « Passion Victim » dans le 18ème arrondissement… mais aussi Toy’R’Us à Savigny-le-Temple pour ne citer que ces quelques exemples. Le phénomène est tel que le Parisien du 26 novembre en à fait sa Une en titrant «Commerce : les nouveaux mercenaires de Noël ». L ‘angle faisait valoir le risque de distorsion de concurrence entre grandes enseignes et petits commerces dans la zone de chalandise, mais le phénomène dépasse évidemment ce seul aspect.

Le décryptage

« L’éphémère n’est pas une mode éphémère » explique Gilles Lipovestky dans un article paru dans Newzy le 20 octobre (à lire en cliquant ici). Même si le philosophe, auteur de « L’empire de l’éphémère » (paru en septembre 1991), observe que ce mouvement de société  « est devenu un principe structurel », il reste lucide vis-à-vis de ce constat : « L ‘éphémère a été davantage une raison à la crise que sa solution » estime-t-il. Reste que personne ne peut se soustraire à la réalité du moment, et encore moins les photographes claquemurés dans l’ambiance rassurante de leur studio. Ceux-ci doivent chercher un nouveau public en quête d’expériences émotionnelles inédites. Et pour le coup, les photographes qui osent aller au devant des aspirations statutaires ou festives des consommateurs n’ont pas à s’en plaindre : photographes itinérants faisant le tour des clubs d’équitation avec leurs flashes portatifs sur fond couleur de terre  (façon Yann Arthus-Bertrand), studios éphémères installés au cœur des galeries commerçantes, animation photographique sur les stands de foires commerciales… Certes la ringardise de la photo d’enfants dans les bras du Père Noël n’est pas la meilleure façon de promouvoir un statut de photographe sensible et raffiné… mais des milliers d’autres voies sont à explorer. Les studios éphémères du salon de la photo n’étaient-ils pas des outils, ô combien efficaces, d’image de marque pour les stands (tout aussi éphémères !) qui les  accueillaient ?


La course à exacerbation des émotions

1 décembre 2009

Essai visionnaire publié en janvier 1944 (épuisé aujourd'hui), René Barjavel décrit le processus qui pousse le cinéma à exacerber les émotions grâce à la technologie. Ce mouvement jamais démenti concerne également la photographie…


Vision

« Le cinéma n’existe pas encore. Nos films sont des esquisses à la mine de plomb ». Ces mots de René Barjavel, auteur de roman de science fiction du milieu du XXème siècle sont tirés d’un essai qu’il a signé chez Denoël en 1944 sous le titre « Cinéma total ». Le constat, quoique visionnaire, est de celui qui pourrait être balayé par la modernité de notre technologie numérique. René Barjavel n’écrivait-il pas ces mots en pleine conversion du cinéma à la couleur, lequel venait de se convertir au sonore ? « La pratique de la couleur révèlera les défauts techniques. Ils seront attaqués et réduits un à un. A ce moment naîtra le cinéma en relief, qui rendra le film plat caduc. » poursuit-il.

Le décryptage

De l’argentique au numérique, du tirage à l’impression, et aujourd’hui de la photo « plate » à la photo en relief, les prophéties de René Barjavel restent toujours autant au cœur de l’actualité des gens d’images.  Il n’est pas une conférence de presse des industriels de l’électronique grand public qui ne fasse aujourd’hui l’apologie de la restitution vidéo 3D sur téléviseur à écran plat : une suite logique à la mutation accélérée de l’industrie du cinéma vers la restitution du relief. La HD ne constitue plus un argument différenciant. La 3D prendra le relais demain chez Sony, Panasonic, LG, Samsung… avec ou sans lunette.

Cette surenchère à la transmission d’une émotion à travers les sens n’aurait pas surpris René Barjavel (décédé en 1985). Il en donnait le sens dès 1944 : « L’œuvre d’Art nous touche à la fois par la joie qu’elle offre à certains de nos sens, par l’émotion qu’elle provoque en nous et par le plaisir intellectuel que nous éprouvons à détailler sa perfection.  Le cinéma, dans son vaste public, ne peut toujours chercher l’esprit des gens qui n’en ont point. Mais il peut agir sur ceux-ci par les nerfs et par la chair, émouvoir de la même façon les hommes cultivés qui sont de même pâte, et, de plus plaire à ces derniers par sa qualité. »

Pour le monde de la photo le défi est de taille. La restitution en relief reste considérée par les photographes comme un artifice inutile, voire de mauvais goût. Les nombreuses « révolutions » dans la photographie 3D n’ont jamais dépassé le stade de la curiosité que les professionnels de la publicité ont parfois su exploiter pour créer des « PLV d’exception ». Le procédé Nimslo 3D est loin et le concept Fujifilm Finepix Real 3D prend le relais courageusement en associant pour la première fois un appareil de prise de vue numérique à un cadre numérique lenticulaire. En photographie, quid de l’exacerbation des sens que le cinéma met en avant avec la promotion du relief et que les téléviseurs à écrans plats porteront à partir de 2010 dans nos salons ?

Pourtant, en dehors du relief, encore aujourd’hui ingérable tant que les périphériques de visualisation ne sont pas généralisés dans les foyers, le marché photo a trouvé deux moyens à cet impératif d’exacerbation des émotions : le très grand format et l’album d’exception. Les artistes plasticiens ont su exploiter les effets du premier sur les collectionneurs ; les éditeurs d’ouvrages de tête utilisent le second avec des livres d’Art exceptionnellement façonnés. Les photographes ont donc toutes les cartes en main pour parvenir à créer un surcroît d’émotion au-delà de leur propre talent photographique. En attendant la 3D doit devenir un terrain d’exploration.  Histoire de rester référent sur le sujet pour la communauté des clients…et des proches !