Une exigence de haut de gamme

10 novembre 2012

Face à l’exigence de montée en gamme, la marque Sigma se refait une image, en réaménageant son identité visuelle et en réorganisant ses objectifs en trois familles.

Le fait

Le fabricant d’objectifs Sigma repositionne son image et réorganise sa gamme autour de trois familles d’objectifs redesignés : C (Contemporary), A (Art) et S (Sport). Celles-ci s’étofferont au fur et à mesure que les nouvelles optiques apparaîtront, reformulées pour répondre aux nouveaux besoins du public et aux nouvelles contraintes de qualité des appareils très haute résolution.

Le décryptage

Le low-cost n’est pas praticable en optique, et la tendance n’est pas à la baisse des prix dans cette spécialité, car la montée de la résolution des capteurs impose aux opticiens de faire des miracles. Il s’agit donc pour les marques de conformer leur image à cette nouvelle phase du marché photo, où le prix plus élevé des produits ne peut s’imaginer sans une image de marque puissante. En clarifiant son offre par un libellé clair (aux antipodes des appelations ésotériques), et en utilisant pour son site sigma-global.com les codes d’une marque de luxe (associant innovation et tradition), Sigma repositionne son image de marque car c’est la condition pour affrontrer le marché photo de demain.


Tendances photokina 2012 (suite et fin)

15 octobre 2012

Photokina « World of Imaging » : ce salon tient toujours ses promesses en livrant tous les deux ans un panorama mondial du secteur de la photographie. Doc. Koelnmesse.

Il y a tout juste un mois la photokina dévoilait des centaines d »innovations, largement décrites par la presse, produit par produit, mais sans analyse globale. Pourtant le salon biennal allemand délivre nombre d’indices sur l’avenir de notre secteur en attestant cette année 2012 d’au moins quatre mutations de fond.

L’hybridation des appareils :  la saturation du marché occidental des compacts incitent les fabricants à développer un marché de niches. La satisfaction photographique de base étant assouvie, les utilisateurs souhaitent des équipements en phase avec leurs usages. Les marques mixent librement les fonctionnalités pour y parvenir au risque de faire perdre la tête aux appelations bien installées.

La cohabitation appareils photo/smartphones s’installe : la complémentarité des usages entre appareils photo et smartphones est un atout pour la photographie, mais également un risque supplémentaire de concurrence frontale : les compacts d’entrée de gamme souffrent, obligeant les fabricants photo à se démarquer et monter en gamme.

Le défi de l’ultra-haute qualité : le seuil dépassé des 30 mégapixels en plein format oblige à remettre l’optique au centre du processus de conception des appareils ;  ne pouvoir résoudre cette montée en qualité, compromettrait l’amélioration des performances des appareils actuels et futurs. L’influence des opticiens n’a jamais été aussi stratégique.

La connectivité des appareils :  En convertissant le public à l’ubiquité, le monde de la téléphonie oblige les fabricants photo à rejoindre l’écosystème numérique global. Il ne s’agit pas seulement de faciliter l’édition de statuts Facebook en temps réel — ce qui correspond bien au besoin du public d’aujourd’hui—, mais d’inscrire les appareils dans l’Internet des objets pour des services innovants futurs.

Le Sony Alpha 99 symbolise cette hybridation : géométrie d’un reflex, capteur plein format, mais visée électronique ! Il préfigure l’avenir, la qualité de visée devenant exceptionnelle grâce à son afficheur OLED. C’est une formule déjà vue sur un prototype d’appareil présenté lors de Canon Expo 2010. A suivre…

• Développement d’un marché de niches par l’hybridation : satisfaire aux nouveaux besoins des consommateurs, tout en luttant contre la concurrence montante des smartphones donne un nouveau ressort à l’industrie photo. Après avoir adopté une structure de marché calqué sur les modèles argentiques, les fabricants sentant la nécessité d’une montée en gamme ont d’abord ré-introduit* les compacts à objectif interchangeable (que la France a baptisé hybrides). Le forcing de quelques marques pionnières pour inventer une nouvelle offre alors que les ventes de compacts commençaient à déclinéer aux Etats-Unis ont provoqué un mouvement vertueux. Tous y viendront, même si pour les fabricants de reflex, l’hybride, c’est un reflex facile à fabriquer (car dépourvu de miroir éclair) ce qui potentiellement augmente le risque de voir arriver de nouveaux entrants. Quoi qu’il en soit l’hybridation se poursuit : il s’agit de mixer des technologies réservées à telle ou telle famille d’appareils pour en créer une nouvelle, plus attrayante pour le public. Le nouveau plein format Sony Alpha 99 doté d’un miroir semi-transparent symbolise bien cette tendance, en étant doté d’un viseur électronique. La formule a son avantage, mais comment le situer parmi ses congénères « reflex », puisque ce mot qualifiait jusqu’à ce jour un appareil à visée optique ? Par ailleurs les compacts sans viseur optique se dotent d’interface, tel la griffe multi-interface IM de Sony, afin d’y connecter viseur, micro ou éclairage.… Autre phénomène : la structuration des gammes autour de la taille des capteurs. Les compact experts Sony RX1 ou Sigma DP1 Merrill rivalisent de qualité  face au Fuji EX-1Pro toujours au plus haut dans le hit-parade des appareils adulés par  les puristes… ou les amateurs d’équipements statutaires (à un prix plus accessible qu’un Leica).  Entre l’Action camera — devenu malgré sa prédominance vidéo un objet de photographe (phénomène GoPro)—  et les derniers compacts experts d’exception (dont le Leica M Monochrome est le représentant le plus extrême),  l’analyse du marché photo se complexifie tout en montant en gamme. Les niches se multiplient avec un public qui plébiscite cette varité de solutions !

(*) La famille des compacts à objectif interchangeable n’est pas nouvelle : on se rappelle les Leica CL (1973) et autres Minolta CLE (1983).

Sorti en mai dernier le Nokia PureView avec son capteur 41 mégapixels et son objectif Zeiss concrétise le risque de voir le monde de la téléphonie s’approprier le savoir faire du monde de la photographie. Le message a été compris :  les industriels photo poussent les feux vers une qualité jamais atteinte auparavant.

• Cohabitation appareils photo/smartphones. Cette cohabitation annoncée est une évidence à laquelle les professionnels répondent trop souvent par le dénis. Entre les mains de certains d’entre-eux les iPhone ont démontré maintes et maintes fois leur capacité de prise de vue dans les pires conditions. Mais la question finalement n’est plus là. Le public en fonction des situations arbitrent en faveur de l’équipement qui semble lui convenir le mieux, la praticité et la simplicité restant des facteurs décisifs. La prise de vue étant une « killer application » pour le monde des télécoms, l’amélioration de la qualité des smartphones leur permet de rivaliser avec les compacts d’entrée de gamme. Le public qui n’est pas dupe, le sait. Entre un renouvellement d’iphone 4 à 99 euros (grâce à subvention opérateur) et l’achat d’un compact au même prix, le bénéfices d’usage va en faveur du premier, malgré ses cinq mégapixels. Fait positif pour le secteur de la photographie, la norme devient la multi-possession d’appareils photo, n’excluant jamais le smartphone. Les marques photo se doivent donc de créer des niches inattaquabless par l’industrie des telecoms, et pousser les feux sur la qualité de leurs équipements. C’est bien ce qui se déploie sous nos yeux avec les compacts à objectifs interchangeable et les compacts experts.

Grâce à la connectivité à courte distance, cette cohabitation est source de bénéfices d’usage  lorsque les smartphones ou tablettes deviennent des accessoires de visée déportés, ou se transforment en télécommande.  Le smartphone devient par ailleurs un hub vers le réseau Internet grâce à son mode partage de connexion. Entre l’appareil photo et le smartphone, qui sera présenté comme accessoire de l’autre ?

Couvrant le plein format 24 x 36 et assurant une haute résolution sur tout le format d’un capteur à résolution supérieure à 30 mégapixels (tel celui du Nikon D800), le nouveau Distagon T* 55 mm f/,4 donne l’ampleur du défi que les opticiens auront à relever avec l’entrée dans une nouvelle ère de très haute résolution.

• Une qualité optique extrême : rejoignant notre précédent post sur les tendaces photokina (voir Tendances Photokina 2012 : le salut par l’hyper-qualité), revenons sur le sujet pour développer ce qui doit être considéré comme l’un des défis posé à l’industrie photographique mondiale. Créer des objectif grand public (donc répondant aux critères d’une fabrication de masse) qui soient en mesure de former une image exceptionnellement fine sur des capteurs de 30 à près de 50 millions de pixels ! Si les focales fixes se montrent capables de le faire à des prix relativement accessibles, les zooms eux, doivent être totalement reformulés pour relever le défi. En réalité aujourd’hui, seuls les objectifs de dernière génération sont en mesure de tirer profit des capteurs à très haute densité (ce qui rend complexe le repérage dans les gammes professionnelle des modèles capables de délivrer cette ultra haute résolution !). En cinéma, où les producteurs ne peuvent s’accomoder de déclaration d’intention, les couples objectifs/caméras sont testés avant tournage sous la houlette du directeur de la photo et des assureurs qui ne peuvent prendre le risque d’avoir un objectif de qualité insuffisante. Et cela sur des zoms dont les prix dépassent souvent les 30 000 euros ! Le secteur de la photo se voit donc dans l’obligation de requalifier la notion de haute qualité, sachant que l’argentique permettait une belle tolérance compte tenu des capacités de restitution sur film (y compris avec la Kodachrome 25 !). Les grands opticiens comme Carl Zeiss se frottent les mains ! La marque a annoncé d’ailleurs de nouvelles optiques destinées aux capteurs plein format de plus de 30 mégapixels… Sigma de son côté repositionne l’image de sa marque après avoir effectué depuis plusieurs années un lifting de ses lignes de produits. Les enjeux sont considérables, puisqu’ils conditionnent l’avenir de la filière qui doit pouvoir montrer sa capacité à produire de la très haute qualité accessible à tous.

Mais à quoi sert une si haute qualité pratiquement ? Certainement pas à faire des tirages encore meilleurs. Les 400 dpi sont déjà dépassés et que signiferait regarder un grand format à 20 cm sous prétexte qu’il est techniquement parfait ! Il faut donc chercher les raisons ailleurs, comme pour l’industrie du luxe : les équipements photographiques deviennent des objets statutaires qui entre les mains des profesisonnels permettent de créer une valeur ajoutée supérieure en limitant la post-production, en gagnant en légèreté en reportage comme en studio, ou en permettant le recadrage drastique de détails dans l’image.

On s’en doute, cette qualité prépare une rupture, celle qui émergera à l’horizon 2015/2020 avec l’avénement des moteurs de reconnaissance de contenus visuels. ces derniers réaliseront automatiquement l’indexation des images. Ce développement technologique qui pourra apparaître effrayant au titre des libertés individuelles, est en revanche de nature à conforter les industriels de l’optique de pointe avec lesquels les industriels de la photo ont destin commun depuis le XIXème siècle.

Nikon a parié sur Android pour son compact connectable, le S800C. Appelé à se développer ce système d’exploitation ouvre l’appareil aux applications photo de la plate forme GooglePlay. Il se connecte au Web via la fonction de partage de connexion d’un smartphone.

•La connectivité des appareils devient une priorité

Pour les raisons de concurrence avec les smartphones évoquées ci-dessus, mais également pour répondre aux usages quotidiens des utilisateurs d’appareils photo, la connectivité des appareils s’impose désormais à l’industrie photo. Nier cette évidence consisterait à faire comme si le milliard de membres actifs sur Facebook était étranger à notre secteur et à son devenir. Comme si les 560 millions de smartphones qui trouveront acquéreurs dans le monde au cours de l’année 2012 se situaient en dehors du champ du photographique ;  comme si l’exubérance de l’activité culturelle en photographie était le seul fait du secteur et non d’une société connectée, intégralement transformée par la culture numérique ambiante.  Si Bernard Cathelat (CCA) parlait en 1989 de la photographie comme du « premier mode d’expression populaire », il n’avait pas imaginé — et nous avec—, que celui-ci en épousant la technologie numérique et en s’adossant au Web, transformerait nos habitudes sociales.

Il faut comprendre cette connectivité au-delà des fonctions qui sont aujourd’hui proposées par les fabricants (pour faire simple, essentiellement le partage facile et le téléchargement d’applications). La mise en place de cette connexion doit plutôt se comprendre dans une logique de déploiement de l’Internet des objets où l’appareil photographique rejoint un écosystème numérique planétaire.  La certification DLNA de certains modèles (comme le Lumix LX7) ajoute au message stratégique qu’à partir de maintenant tout communiquera sans frontière et sans fil.

– Téléchargement de firmewares et de logiciels via les plate-forme d’applications. A l’exemple de la téléphonie, et notamment grâce au succès d’iTunes, l’accès à des milliers de logiciels photographiques devient un modèle économique pour les fabricants. A condition d’embarquer un système d’exploitation compatible avec ceux des smartphones…

– Partage de photos et de vidéos sur les réseaux sociaux. La proposition la plus facile à comprendre avec un bénéfice social immédiat ! Un bénéfice qui sera d’autant plus fort que la qualité d’image sera remarquable (par rapport à celles produites par les smartphones). Les réseaux sociaux sont le lieu de l’exposition de soi, y compris en termes de production d’images !

– Interaction avec le Web par l’exploitation des données du GPS : capacité de reconnaissance des lieux photographiés pour acccéder à une expérience en réalité augmentée ou à des fonctionnalités créatives encore inconnues, allant de la photographie collaborative, à la reconstitution 3D de scènes ou à la mesure photogrammétrique.

– Reconnaissance faciale et indexation du réel permettant aux images prises d’être immédiatement associées à des métadonnées pertinentes. Un véritable défi que les marques photo abordent avec des atouts sérieux. Or ce marché est l’un des plus prometteurs pour le e-commerce, ou plutôt le T-commerce (achat directement sur le téléviseur) où les images des objets présents dans les programmes télévisés deviendront « cliquables » afin de pouvoir les acquérir en ligne.

– Amélioration de qualité par l’utilisation de fichiers ad hoc accessibles par le Web. La reconnaissance visuelle alliée à la géolocalisation permettra de rechercher des données pertinentes en permettant d’améliorer l’acquisition des photographies, comme par exemple leur chromie (en se soustrayant aux contraintes de l’illuminant de l’instant de prise de vue). Autant de développements qui laisse augurer des innovations majeures en photographie. La question de l’intégrité de la représentation du réel sera à nouveau posée… mais cela n’est pas nouveau.

– Sauvegarde et préservation des images en temps réel. Le Cloud devient une nouvelle priorité pour les fabricants d’appareils photo. La possibilité d’interaction et de partage avec PlayMemory sur les Sony Nex ou le lancement du Project 1709 par Canon (après douze ans de Canon Gateway à la notoriété fragile) montre combien le lien avec les fabricants d’appareils se fera plus simplement et facilement par les services du Cloud que par les services traditionnels.


Tendances Photokina 2012 (1) : le salut par l’hyper-qualité

21 septembre 2012

Le Sony DSC-RX1 est un compact à capteur 24 x 36 qui symbolise la volonté de toute une industrie de sortir vers le haut de la concurrence avec les smartphones et du risque de saturation de marché. Il concentre tous les superlatifs dans un compact miniature dont le design et l’ergonomie néo-classique réjouit toutes les générations.

Le fait

Cette Photokina restera celle du boom des appareils à capteurs plein format. Toutes les familles d’appareils sont concernées : les reflex semi-professionnels  (Nikon D600, Canon EOS 6D, Sony Alpha 99, Pentax K3…), les compacts à objectifs interchangeable (Fuji X-E1) et même les compacts miniatures (Sony DSC-RX1).  Ces capteurs de grande taille sont commercialisés par des industriels qui sont désormais en mesure de les produire à des coûts (plus) réduits. Leurs usages ne se limitent pas aux appareils photo : les caméras de surveillance sont également concernées (voir ici et )  !

Le décryptage

La sortie simultanée de reflex et de compacts à capteurs plein format à Cologne donne le signe évident d’une offensive des fabricants photographiques vers l’hyper-qualité : si les limites sont repoussées, c’est autant pour une question de saine concurrence et de soutien à la consommation par l’innovation, que pour creuser l’écart avec les smartphones. Conséquence directe de cette élévation du niveau de performances des capteurs, les objectifs doivent suivre. L’optique n’étant pas une discipline qui obéit à la loi de Moore, il faut trouver des solutions : les focales fixes sont redécouvertes comme dispositifs optiques performants et économiques. Le marketing et les distributeurs font leur miel de ce retour, le marché les conforte avec une croissance des ventes de 34 % (source GfK) sur le premier semestre 2012 (voir le cahier Repères du Monde de l’image de septembre).  Le succès de la gamme Samyang, l’offre alléchante de Voigtländer, le lancement de la série f/1,8 de Nikon en valisette numérotée… et la sortie d’une gamme haute qualité chez Zeiss adapté aux capteurs de plus de 30 mégapixels, attestent de ce mouvement généralisé. Dans ce contexte, le 50/1,8 standard se convertit quarante années plus tard en objectif ultra-lumineux permettant — aux dires des journalistes et des services marketing — de gérer l’effet de profondeur de champ ! On peut s’en amuser… mais surtout se réjouir des bénéfices apportés par cette évolution :  l’élévation de la sensibilité des capteurs et la précision de la mise au point automatique, y compris en basses lumières, autorise la prise de vue là où elle était impossible  il y a encore cinq ans ! Tous les consommateurs profitent de ces avantages apportés par ce mix optique/numérique. La montée en qualité et en valeur sont donc les deux réponses des fabricants à la concurrence montante des smartphones et pour faire face à une demande d’un public de passionnés en quête d’innovations « visibles ». Les hybrides (compacts à objectifs interchangeables) et les compacts experts apportent une valeur de différenciation évidente dont les réseaux de distribution devraient pouvoir profiter dans les mois à venir.

Parrallèlement à cet extraordinaire essor vers une qualité inconnue jusqu’alors en photographie, la connectivité devient le nouveau défi majeur de l’industrie photographique. L’emphase n’est pas mise sur ce terrain à Cologne (sauf chez Samsung qui veut creuser l’écart par rapport à ses concurrents), mais toute les marques savent que la lutte sera rude sur ce terrain dans les prochaines années. Nous reviendrons prochainement sur cette seconde tendance de la photokina 2012…


Des photos « parfaitement imparfaites »

21 septembre 2012

Les nouveaux usages sociaux de la photographie ont transformé la communication des marques. Pour les rédacteurs de l’étude Curve, « l’instantané numérique du 21ème siècle est un genre de photographie, rapide, improvisée, plus proche de l’expérience que de la documentation visuelle… »

Le  fait

L’étude « Curve » de Getty Images, qui étudie les tendances du monde de l’image afin d’anticiper la demande du marché, s’est intérressé cette année à la manière dont les nouveaux usages sociaux de la photographie ont transformé la communication des marques. Les rédacteurs de Curve formalisent nombre de pistes connues, mais largement commentées afin que les professionnels puissent s’en saisir pour augmenter l’efficacité commerciale de leur production. Parmi les points essentiels mis en exergue dans ce rapport, la valeur « authenticité » est celle qui caractérise le plus la nouvelle photographie du XXIème siècle. La recherche de l’image « parfaitement imparfaite » par les agences pour les campagnes publicitaires de leurs clients n’est pas une lubbie, mais une réalité. Cette tendance lourde se conjugue avec l’exigence d’instantanéité, faisant de la connectiviét « non plus une idée marketing ambitieuse mais une expérience très réelle pour le consommateur ». Le rapport rappelle par ailleurs que la photographie est considérée par le monde de l’Internet comme l’application « tueuse », (grâce au demi-milliard de smartphones vendus au cours de l’année 2011), annonçant selon Nicholas Mirzoeff, Professeur de Medias, Culture et Communication à New-York l’ère  de l’auto-image ou « photograffiti ». Les rédacteurs de l’étude rappellent enfin que l’instantané numérique du 21ème siècle est un genre de photographie, rapide, improvisée, plus proche de l’expérience que de la documentation visuelle, ce qui la rend précieuse aux yeux des publicitaires et des marques…

Le décryptage

Pour les photographes qui placent leur vie professionnelle sous le signe de l’exigence, les tendances décrites dans ce rapport pourront paraître déstabilisantes. Si les agences recherchent désormais des images « improvisées », « parfaitement imparfaites » selon les termes de l’étude, l’exigence de qualité formelle peut  devenir un inconvénient. Mais il faut plutôt considérer au contraire que l’expérience de la prise de vue en situation, sur le mode du reportage, devient un atout extraordinaire… Il faut être convaincu par ailleurs que le regard et l’engagement d’un auteur sont pleinement garants de cette authenticité que le marché réclame. Reste la capacité à inscrire un travail photographique de qualité dans une histoire authentique où l’intensité d’une expérience, sa force émotionnelle jusqu’à sa possible imperfection visuelle deviennent une formidable gage de vie… ce que recherche au final le marché. C’est probablement à ce risque délibérément pris et assumé que les photographes professionnels de talent se reconnaissent. Nous le savions déjà…  mais l’étude Curve nous le rappelle utilement.


Indexation automatique par code à barre

21 septembre 2012

Une douchette pour lire le code barre du produit photographié, un module Bluetooth qui reçoit les informations pour leur inscription dans les champs IPTC de l’image. Un dispositif d’indexation rapide proposé par Foolography.

Le fait

La société allemande Foolography spécialisée dans la géolocalisation des images propose plusieurs modules WiFi et Bluetooth compatibles avec les reflex Nikon. L’un d’entre eux permet d’embarquer dans les métadonnées associées aux images, le code barre 1D (code à barre le plus courant) des produits grâce à une douchette Omnicom reliée en bluetooth au module connecté à l’appareil. L’appareil enregistre les données qui lui sont transmises dans un des champs IPTC de l’image. Grâce à ce dispositif le photographe procède à une indexation immédiate et automatique des images des produits qu’il réalise en série.

Le décryptage

En prise de vue industrielle la réponse aux nouveaux besoins des cliens passera par des modes d’indexation automatique des produits photographiés. En attendant le déploiement des puces rfid qui pourront interagir sans fil avec l’appareil ce dispositif Foolography paraît apporter une réponse aux exigences de la logistique marchande : échanger des données toujours plus riches sans risque d’erreur. Dans cette logique si particulière de photographies de produits prises en série destinées à documenter des catalogues de marques l’apport de métadonnées renseignées s’avère indispensable. Finalement, on peut se poser la question de savoir à quel moment ces métadonnées deviendront obligatoires (via une norme ?… ) dans les échanges de visuels de produits entre les fabricants et les distributeurs… ?


Conversation photographique

17 septembre 2012

Nikon Coolpix S800C et Samsung Galaxy Camera : ces porte-drapeaux de la connectivité fonctionnent tous deux sous Android. Le premier se connecte au Web via les smartphones. Le second reçoit une carte SIM pour partager les images via le réseau 3G/4G ou télécharger des applications sur Google Play.

Le fait

Après l’annonce estivale de l’arrivée du premier compact sous Android, le Nikon Coolpix S800C, la présentation à l’IFA Berlin du Samsung Galaxy Camera, (également sous Android donc compatible avec la plateforme d’applications Google Play) marque le tout début d’une montée en puissance des appareils photo connectés. Avec sa connectivité 3G, le Samsung est le premier à mettre en avant l’accès direct au réseau via une carte SIM, tandis que pour se connecter à Internet le Nikon transite par un smartphone via sa  fonction partage de connection. En attendant le Polaroid SC1630 annoncé en janvier dernier, et d’autres qui ne manqueront pas d’être dévoilés à Cologne, ces appareils peuvent désormais rivaliser avec les smartphones sur la question du partage des images et de leur personnalisation (via le téléchargement d’applications).

Le décryptage

250 millions de photos sont téléchargées en moyenne chaque jour sur Facebook.  300 millions sur flickr. La conversation en image est consubstantielle à la révolution de la photographie numérique. Ce qui s’impose comme une évidence, oblige les appareils photographiques à s’incrire dans une logique de partage en temps réel, ce que seuls les smartphones étaient en mesure de faire jusqu’à aujourd’hui. Cette possibilité de partage facile a bouleversé et bouleversera encore dans le futur le rapport du grand public à l’image en inscrivant la prise de vue dans un projet d’échange immédiat et d’exposition de soi. La connectivité en temps réel n’aura pas que cet avantage social, mais rendra possible nombre d’interactions entre la prise de vue en cours et la réalité photographiée (reconnaissance des lieux, des objets et des personens, conseils, calcul déporté, photographie participative, contenus enrichi associé à chaque photographie…). Les appareils ne pouvaient plus longtemps prendre le risque de rester à côté de ces développement face aux smartphones qui eux, sont en mesure de s’insrire dans ces interactions. Avec ces nouveaux appareils connectés, le bénéfice social supérieur d’une image partagée sera désormais compatible avec la force émotionnelle d’une image de très haute qualité. Il était temps !

Cette nouvelle ère connectée, que les professionnels et les industriels auront à exploiter, s’accompagne d’une transformation du modèle économique du secteur, les applications téléchargeables sur les plate-forme devenant une source de profits additionnels (même si aujourd’hui neuf applications sur dix téléchargées sur les plateformes est gratuite…). Cette ouverture au monde des applications rend possible l’arrivée d’appareils aux performances et fonctions évolutives. Avec de telles perspectives, la concurrence entre fabricants issus de l’optique (chantres de l’ultra-qualité), et fabricants issus des télécoms (promoteurs de l’ouverture de l’éco-système photographique) ne fait que débuter !


Interview : Laurent Wainberg de PackshotCreator

17 septembre 2012

Laurent Wainberg, fondateur de la société Sysnex qui depuis 2002 commercialise les dispositifs de prise de vue PackshotCreator.

PackshotCreator a édité en juillet un livre blanc sur les tendances du e-commerce et les nouvelles contraintes de représentation des produits en ligne.

Avec 4 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2011 (en croissance de +11 %) et un début d’année à + 20 %, la société Sysnext à l’origine du concept PackshotCreator poursuit son développement en proposant des dispositifs de prise de vue automatisés à destination des entreprises de e-commerce, mais pas seulement elles…  Diabolisé à ses débuts par les photographes professionnels qui estiment que ces caissons de prise de vue à LED tuent leur métier, Laurent Wainberg, le fondateur de PackshotCreator rappelle l’impérieuse nécessité de savoir répondre aux nouveaux besoins du marché, regrette que la filière ne profite pas depuis sept ans de la manne du développement du e-commerce et invite les professionnels à penser leur activité en termes de productivité et d’interactivité.

Pourquoi la prise de vue industrialisée est-elle devenue un enjeu pour les entreprises ?  

Il y a des contraintes logistiques énormes sur la prise de vue en série de produits (acheminement, déballage, reconditionnement, déclassement de procuits abimés…). Cela a conduit les entreprises à internaliser la prise de vue. Ce phénomène s’est accéléré avec la montée du e-commerce où deux phénomènes se sont conjugués : la réduction de la durée de vie moyenne des produits ; le besoin de renouvellement rapide de l’offre pour maintenir l’audience. C’est le fondement même des sites de vente en ligne ! Le nombre de produits mis en ligne en France est évalué à 2,4 millions par an ! Ce chiffre progresse toujours, mais également le nombre d’intervenants en e-commerce, ce qui imposent à ces acteurs une différenciation visuelle.

On vous accuse souvent de mettre les photographes professionnels au chômage ?

Le photographe ne devrait pas seulement se battre sur le côté artistique, mais aussi sur l’aspect productiviste. Certains studios indépendants ont compris qu’ils devaient prendre en compte cet aspect car cela correspond à un nouveau besoin de leur clientèle afin de répondre à leur problématique économique. Ces professionnels intègrent nos équipement et vendent de la prestations de services avec un taux horaire comme les graphistes le font. Les studios de photographie qui adoptent nos solutions savent que leur matière première c’est du temps homme. Leur intérêt, c’est de produire rapidement des vues à 360 ° et de l’animation 3D, ce qui est indispensable dans le commerce en ligne.

Depuis 2004 vous cotoyez les photographes professionnels, que vous inspirent-ils ?

Ce que je remarque depuis mon arrivée sur ce secteur, c’est que le métier n’est pas valorisé. Pourquoi les photographes seraient-ils les seuls dans le monde du Web à ne pas gagner de l’argent ? Pourquoi ne profiteraient-ils pas de cette manne ? Leur posture a joué contre eux : au final les salariés des entreprises font le travail, et eux n’ont pas d’arme pour se vendre ! Leur revenus sont indécents, ils n’ont aucune visibilité sur leur métier, les mariagistes se font concurrencer par les amateurs… bref, leur métier a été bouleversé, mais pourtant cela reste un vrai métier : il faut former des jeunes qui seront capable de répondre à ces nouveaux besoins et de se défendre !

Vous abordez également la prise de vue de joaillerie (avec votre modèle Macro R), spécialité que l’on imaginait difficilement industrialisable ?

Avec la joaillerie, on est dans une logique de l’extrême. Pour des questions de sécurité, depuis longtemps nos clients ont internalisés la prise de vue. Pour les entreprises de production, il faut être capable de montrer un défaut et le partager avec ses fournisseurs sur des pierres microscopiques ; pour les entreprises de distribution, le nombre de références peut devenir considérable ! Nous avons par exemple un client qui s’est équipé avec nos solutions car son offre de bijoux fantaisie compte plusieurs milliers de modèles et cela évolue quotidiennement ! A plusieurs dizaines d’euros la prise de vue ce n’est pas praticable…notre modèle Macro R comporte six panneaux de milliers de LED auquel nous avons ajouté des spots à 6000 K pour les diamants, et 3000K pour les pierres plus chaudes.

Présenté simultanément à la Photokina à Cologne et au salon du e-commerce à Paris , le PackshotSphere X5 est un nouveau dispositif automatisé de prise de vue 3D hémisphérique équipé de cinq appareils reflex pour une efficacité maximale.

Qu’apporte finalement vos solutions PackshotCreator ?

Nous commercialisons des outils de production d’image d’une efficacité record en prise de vue classique, à 360° ou 3D,  en conformité avec les exigences du e-commerce : nous ne nous conformons pas à un standard esthétique mais nous répondons à la demande. Il s’agit d’éviter les interventions de détourage et de pouvoir mettre en ligne très rapidement des images indexées aux qualités normalisées. 100 % de nos machines sont convertibles au 360° car la demande est là aujourd’hui. D’ailleurs, certains de nos clients les achètent pour leurs photographes…  Ces investissements s’inscrivent dans une logique d’entreprise. Il s’agit de gagner du temps ! Pour la Photokina nous présentons une nouvelle innovation, le PackshotSphere X5 :  un dispositif de prise de vue 3D hémisphérique équipé de cinq appareils pour une efficacité maximale (voir la vidéo ici). Nous présentons cette innovation également Porte de Versailles à  Paris, au salon du e-commerce du 18 au 20 septembre.