Tendances photographiques pour 2012 (2ème partie)

Corollaire d'un monde hyper-connecté, le temps réel s'impose devenant un besoin pour les consommateurs d'informations et de contenus visuels. Le photographe a-t-il le pouvoir de dire "pause !" ?

 

Hyper-connectivité et temps réel

Avec 10 milliards d’appareils connectés à Internet dans le monde d’ici 2016 (source Cisco), et déjà 68,5 millions de cartes SIM téléphoniques en activité en France, auquel il faut ajouter 6,5 millions de cartes SIM qui équipent des machines (dont bientôt les cafetières Nespresso !), le monde hyperconnecté se déploie. Deux options pour les photographes professionnels face à ce mouvement : inscrire leur production photographique dans le temps réel ; ou à l’inverse produire en prenant du recul par rapport aux événements avant de les traduire et les partager. Les photo-journalistes ont appris à composer avec ce double impératif, si paradoxal et à la fois si constitutif de la nature de leur métier (une table ronde est organisée sur le thème « Photojournalisme : quel temps de pause sur le Web? » à Paris le 1er mars par le CFPJ Lab et Silicon Maniacs – voir les détails en cliquant ici). Si la photo de presse est naturellement la première concernée, la photographie professionnelle en général ne peut évidemment évacuer la question du temps réel, notamment avec l’arrivée de reflex connectables* via une prise réseau : photographie sportive, photographie événementielle, voire même photographie publicitaire* !…

Cet impératif d’une photo immédiatement délivrable n’est pourtant pas nouveau, et pas seulement pour la presse. En photo filmage, la vente d’une photo de concours hippique à sa cavalière doit être réalisée dans les trente minutes qui suivent la fin de la compétition, sinon le risque est grand qu’elle ne soit jamais vendue ! ; la durée de vie marchande d’une photo est de quelques secondes pour une photo délivrée dans un parc d’attractions. Pierre Schaeffer, ex-directeur marketing de Kodak et promoteur du concept Easyshare en 2001 rappelait bien cette règle :  « La valeur marchande d’une image est maximale au sommet de l’implication affective des sujets photographiés ». Depuis, le régime d’hyperpartage via les réseaux sociaux a épuisé le modèle économique si vertueux du photofaçonnage en transformant le bénéfice marchand fruit de la vente de l’objet photo (le tirage) en bénéfice social pour l’auteur qui poste ses photos (et en pouvoir d’audience pour les sites communautaires).  Le marché des imprimantes nomades imaginées pour permettre ce partage au sommet de la relation affective (Epson PictureMate autre-autres modèles) s’est vite écroulé face à la concurrence des réseaux sociaux.

Intégrer le temps réel dans la pratique photographique et vidéographique, si cela peut différencier l’offre commerciale, est un nouveau challenge pour le photographe professionnel. L’année 2012 verra la montée des équipements WiFi qui commenceront à banaliser les usages temps réels des amateurs  sur les réseaux sociaux : trois caméscopes chez JVC (GZ-GX1, GZ-VX715 et GZ-EX215), une nouvelle gamme d’appareils Samsung WiFi viennent tout juste s’ajouter aux quelques compacts connectés existants… Le professionnel doit savoir garder une avance sur ce mouvement.

(*) Canon EOS 1-D X et Nikon D4. (**) Par une liaison filaire ou Wi-Fi permettant au client de suivre la prise de vue en cours sans gêner le photographe.
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