Les photographes face au défi de la 3D

La 3D, leitmotiv stratégique des marques de l'EGP afin de créer un nouveau levier de croissance. Comment le photographe peut-il profiter de ce dynamisme autour de l'image 3D ? (Doc. Sony)

Le fait

La 3D s’invite sur le marché du divertissement de masse. Un départ en douceur en France : GfK estime qu’il se vendra cette année quelques 120 000 téléviseurs 3D malgré  la forte concurrence des téléviseurs connectés. Une goutte d’eau en regard des 9 millions de téléviseurs qui seront vendus en 2010 (+22 % en volume !). La part de la 3D reste donc faible cette année (1,3 % en volume). Positionnés haut de gamme les premiers téléviseurs 3D restent chers et les contenus sont encore rares, c’est pourquoi seuls les consommateurs pionniers franchissent le pas. Toutefois le phénomène d’adoption va vite s’accélérer les téléviseurs devenant tous progressivement 3D, la montée des volumes fera baisser leur prix : en 2015, la moitié des téléviseurs proposés à la ventes dans le monde seront 3D selon Fuji Chimera Reseach Institute. En France, ce seuil pourrait être atteint dès 2013.

Le décryptage

La 3D est un rouleau compresseur marketing qui rend toutes objections des cinéphiles vaines. Inéluctablement, la 3D s’imposera partout car la nécessité de nouvelles expériences de divertissement (cf. notre post du 1er décembre 2009 sur l’essai de René Barjavel) se conjuguent avec le besoin de leviers de croissance aussi bien pour les industriels de l’électronique (Sony, Samsung, Panasonic, LG…) que pour les majors du cinéma américain (Walt Disney Studio, Time Warner, Paramount, etc.) ou encore les canaux de diffusion (UGC, Pathé, MK2, mais aussi les opérateurs de télévision).Une fois la remise en question de son avenir écartée, quid de la 3D pour le marché de la photographie ? Et comment les entreprises de photographie peuvent-elles se saisir de cette spécialité, pour en faire elles aussi un levier de croissance ?

Il faut avouer que les auteurs photographes, normalement aux avant-postes de la création, ne semblent pas se passionner pour la stéréoscopie : aucune œuvre 3D n’aura été présentée cette année dans les deux festivals photo majeurs en France (Rencontre d’Arles et Visa pour l’image) et il est à craindre que Paris-Photo n’en montre aucune en novembre prochain. La photokina aura ouvert cette année dans son espace culturel, 500 m2 dédiés aux développements créatifs de la photo 3D (sans doute à la demande des exposants). Du côté des fabricants impliqués à la fois sur les marchés photo et TV, une rapide montée en puissance s’impose. Fujifilm, seule marque photo à promouvoir la 3D avec sa formule de compact stéréoscopique, sort de son isolement avec l’arrivée de Sony et Panasonic sur le terrain de la stéréoscopie. Le premier, par voie logicielle pour les Nex 3/5, DSC TX9/WX5 et Alpha 33/55 ; le second grâce à un nouvel objectif 3D de 12,5 mm de focale destiné aux Lumix G. Les deux électroniciens choisissent donc des solutions ultra-compactes facilement acceptables par les consommateurs moyennant quelques limites : chez Sony, le mode 3D nécessite un balayage du sujet comme en mode panoramique (incompatible avec les sujets en mouvement rapide) tandis que Panasonic permet la prise de vue de sujets en mouvement grâce à un double objectif (très peu lumineux par conception — f/12 ! ) et doit renforcer numériquement l’effet 3D pour compenser le faible écart entre les axes optiques des deux objectifs. L’un et l’autre parviennent à des résultats bluffants sur écran !

La 3D sur support imprimé reste une curiosité que l’hebdomadaire Gala aura mis à profit avec brio dans son édition du 15 septembre. Un coup qui renforce l’aspect gadget de la vision stéréoscopique ? Sans doute lorsqu’il s’agit de presse papier, mais qu’en sera-t’il lorsque les quatre écrans* diffuseront des contenus en majorité 3D pour tenir en haleine le consommateur d’informations et de divertissements ? Si ces besoins émergent, les photographes doivent se tenir prêt à livrer leurs photos aux organes de presse en format 3D (en stéréo natif ou après retraitement  2D>3D) pour alimenter les écrans de nos téléviseurs, de nos smartphones et autres ipad ? La prise en compte de la spécificité 3D (éclairage, étagement des plans, netteté des images, sujets coupés…) sera pour les photographes aguerris à cette spécialité,  un avantage concurrentiel déterminant. Reste maintenant à s’en convaincre, à se former, et expérimenter comme pour la vidéo HD il y a quelques mois !

(*) Les quatre écrans : TV, PC,  cinéma et mobile.

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