Cacophonie sur les compacts

26 avril 2010

Le Lumix G10 n'intègre ni prisme ni miroir en dépit du bossage qui le surmonte : certain y voit un reflex de nouvelle génération, d'autres un compact à objectif interchangeable : les consommateurs eux, auront à demander conseil… !

Le fait

Les marques, les organes de presse et la distribution n’utilisent pas le même terme pour nommer les compacts numériques à objectifs interchangeables. Au moins sept désignations circulent couramment : reflex à visée électronique, reflex sans miroir, appareil hybrides, boîtiers à objectifs interchangeable, compact à visée électronique, « vrai-faux » reflex hybrides et enfin compact à objectif interchangeable (sans compter les articles qui passent d’une appellation à l’autre ou qui préfèrent la neutralité en parlant « d’appareils à objectifs interchangeable »…).  Alors que cette famille est appelée à devenir un levier de croissance majeur  (60 000 pièces devraient être commercialisées en 2010 selon les nouvelles prévisions de GfK, contre 8500 en 2009), il serait peut être bon que le consommateur puisse s’y retrouver ?…  Non ?

Le décryptage

La cacophonie autour des noms utilisés pour désigner les compacts numériques à objectif interchangeable n’est pas le fruit du hasard, ni de l’incompétence, c’est le fait d’une intention marketing contrariée : au tout départ, pour Panasonic , inventeur de cette nouvelle catégorie d’appareils, parler de reflex à visée électronique permettait de jouir de la notoriété attribuée à cette classe d’appareils, de les positionner dans une tranche de prix élevée en justifiant d’une qualité photo équivalente au reflex à visée optique (ce qui est vrai) et d’un bénéfice d’usage proche (ce qui est vrai pour la compacité, la vidéo, mais pas encore vrai pour la visée et la mise au point). C’est aussi une intention louable de tirer vers le haut un nouveau segment de marché qui génèrera les profits des fabricants durant les années à venir  (une démarche que Canon et Nikon ne renieront pas le jour où ils y viendront… le plus tard possible …et lorsque la technologie des viseur LCD aura évolué !).

Reste un fait : le nom de reflex attribué parfois à ce type d’appareil ne marche pas. Le laboFnac a trouvé une solution dans son guide « Appareils photo numériques à objectif interchangeable » en ne nommant pas cette catégorie d’appareils, mais en la désignant par son format « Les formats Micro 4/3 »,  tout en surqualifiant les reflex à miroir-éclair de « Reflex à visée optique ». Mais avouons que sur le terrain marketing, nous avançons de plus en plus en terrain miné. D’autant que pour commander un Lumix GF1, il faut aller sélectionner la famille des reflex sur le site fnac.com… (sans qu’aucune mention ne soit faite sur l’absence de visée optique, ou l’atout de son viseur LCD…).  Bref, comme il n’est pas de l’intérêt de Panasonic de voir la question tranchée, je pense que les deux années à venir seront placée sous le signe de la cacophonie, avec des journalistes qui jongleront (en connaissant le jeu marketing des marques), des catalogues distributeurs qui feront ce que les marques leur dit de faire, et des  consommateurs qui seront… perdus (une manne pour les vendeurs à l’écoute). Pour GfK, qui aime bien les règles claires pour classifier les appareils dans son panel, le choix est fait depuis longtemps. Il s’agit de « Compacts à objectif interchangeable ».


Sony et iStockphoto réunis à Cannes

26 avril 2010

Par le partenariat signé avec les Sony Photography Awards 2010, iStockphoto donne une visibilité officielle aux amateurs qui vendent leur photo sur Internet.

Le fait

Pour son dixième anniversaire, la société canadienne Istockphoto annonçait le 7 avril dernier son partenariat avec les organisateurs des Sony World Photography Awards dont les cérémonies se sont déroulées à Cannes du 22 au 27 avril. La plate-forme de téléchargement de photos low-cost, filiale à 100 % du groupe Getty Images, rappelle à cette occasion qu’elle représente l’un des premiers réseaux sociaux au monde (6 millions de membres) et reste l’une des communautés les plus importantes à vendre en ligne des contenus images et audio générés par ses utilisateurs (80 000 contributeurs) : 100 millions de fichiers ont été téléchargées en dix ans sur les sites istockphoto, et le montant des reversement aux contributeurs amateurs qui les alimentent s’élèvent en 2010 à 1,2 millions d’euros chaque semaine !

Le décryptage

La présence de istockphoto aux côtés d’ipernity (site de partage de photos en version beta) et de la ville de Cannes comme partenaire des Sony World Photography Awards marque une rupture dans la distance que les fabricants ménagent avec les sites de ventes de photographies produites par les amateurs. Ces sites sont en effet montrés du doigt par la communauté des photographes professionnels qui voient dans le principe de longue traîne, un modèle économique qui détruit celui des droits d’auteur, tout en mettant selon eux, la diffusion de la production mondiale des images entre les mains de entreprises monopolistes placées sous la coupe de fonds d’investissements.… Or Sony a autant besoin des professionnel pour construire son image d’acteur culturel incontournable — ce qui justifie la présence de grands noms de l’agence Magnum aux trois éditions des SWPA—, que des amateurs qui constituent l’essentiel de sa clientèle (et dont les photos sont honorées également lors des cérémonies).

Informellement, le co-partenariat de l’événement via la société organisatrice des World Photography Awards vient donc rapprocher les deux familles dans une même célébration (et cela, sans même que la propre équipe commerciale européenne de Sony en soit avertie !). Pour Simone Mazer, Vice-présidente Opérations France et Amérique Latine d’istockphoto,  « Il y a de la place pour tout le monde,  étudiants, amateurs, professionnels, photoreporters, photographes commerciaux, (…) des millions de personnes ont du talent et peuvent le montrer aujourd’hui. Pour les photographes qui veulent rester comme avant, il n’y a pas d’avenir, mais même les vétérans savent bien que des opportunités s’ouvrent pour les photographes qui veulent les saisir.»

En marge de la manifestation cannoise, istock organisait trois matinées permettant de réunir une centaine de photographes amateurs « istockers » du monde entier. Programmées deux fois par an partout dans le monde, dans le but de faire vivre la communauté en favorisant le partage, l’échange  et l’apprentissage, ces rencontres baptisées iStockalypse, constituent un atout pour iStock/Getty Images pour rester au cœur de cette communauté… Reste maintenant à savoir comment les autres fabricants entameront des préliminaires pour se rapprocher des centaines de milliers de contributeurs amateurs qui vendent leurs images sur d’autres sites, en dépit du regard sévère que leur portent les professionnels ? A suivre…


2010, année zéro du Web-documentaire

26 avril 2010

Le Webdocumentaire, un nouveau format multimedia sur lequel les photographes peuvent s'imposer.

Le fait

La bourse du talent 2010 vient de couronner Elisabeth Schneider pour sa petite œuvre multimédia (POM) intitulée  « M’aime Pas Peur » . C’est la première fois depuis sa création que le jury a retenu une réalisation multimédia  et non un travail présenté sous forme de dossier composé de tirages d’artiste. La même semaine, SFR dévoilait le nouveau Web-documentaire « Homo Numericus » réalisé par Samuel Bollendorff et Eric Walther (dont le premier est photographe de l’ex-collectif L’œil Public). Arte de son côté vient de lancer « Prison Valley » sur son site arte.tv, tandis que le france5.fr diffuse depuis février le premier volet de « Portrait d’un nouveau monde« , premier Web-documentaire d’une série de vingt quatre, produits par Narrative, jeune société de production qui fait appel à de nombreux photographes pour la réalisation de cette commande et de nombreuses autres.

Le décryptage

Le web-docu décolle et les photographes sont les mieux placés pour profiter de leur essor. Une conséquence directe de l’invasion des écrans dans nos vies : il faut les alimenter avec des contenus créatifs qui laissent la main aux internautes (le besoin de coproduction s’impose partout !). En délinéarisant la narration, les Web-documentaires donnent une grande liberté aux lecteurs, et ceux-ci aiment çà ! L’audience de Voyage au bout du charbon (premier Web-docu médiatisé en nov. 2009 sur lemonde.fr) a été vu par 200 000 visiteurs uniques, et la moitié d’entre-eux sont restés en moyenne dix minutes devant leur écran. Pour accrocher l’audience, le nouveau genre se montre efficace et les investissements d’Arte, de France 5 et de SFR en témoignent. Nikon France, lors de sa journée professionnelle parisienne (animée par photographie.com), a d’ailleurs consacré aux POM (Petites œuvres multimédia ) une partie de ses ateliers. Objet constitutif d’un Web-docu, la petite œuvre multimédia est aussi une production légère à la portée de tout photographe créatif (voir les vidéos en cliquant ici).

Toutes les réalisations citées plus haut sont remarquables, et toutes ont été réalisées par des photographes de métier au sein d’équipe pluridisciplinaire. Il s’agit de prendre le temps de les regarder, histoire de nourrir créativité et… ambitions !