Décryptage, spécial Ma photo, c’est vous !

13 avril 2010

Le défi : avoir 200 magasins au label Ma photo C'est vous ! ouverts le 1er mai pour faire connaître la profession en offrant une séance de prise de vue et un tirage 30 x 40 cm aux visiteurs !

Le fait

Les portraitistes porteurs de la marque Ma photo C’est vous ! organisent le 1er mai 2010 une opération portes ouverte conviant le public à se faire photographier dans toute la France. Les 200 artisans-photographes qui accueilleront les visiteurs dans leur studio tout au long de la journée, leur offriront un tirage 30 x 40 cm au terme d’une séance de prise de vue immédiate ou sur rendez-vous.  Le but de cette action de communication nationale  — organisée  un an et demi après la création de la marque par l’équipe dirigeante du Groupement national des photographes professionnels (GNPP) — est de générer du trafic afin de mieux faire connaître l’activité des photographes dans leur région. Il s’agit de montrer au grand public que le photographe professionnel n’est pas seulement un prestataire d’exception convoqué aux seuls grands moments de la vie, mais sait répondre aux besoins plus fréquents de représentation de soi (en produisant des portraits de haute qualité esthétique), à travers une expérience gratifiante et ludique le temps d’une prise de vue.

Le décryptage

Cette annonce qui aurait pu être extraite des colonnes d’un magazine de marketing donne la mesure de ce qui se joue avec la première opération de lancement national de la marque Ma photo C’est vous ! Car la création d’une marque est un préalable pour communiquer vers une cible large. Un challenge pour tous les réseaux de professionnels indépendants dont la notoriété ne dépasse pas la zone de chalandise locale (et dont la réputation est portée par une population qu’on aimerait voir plus jeune).

Mais pour cette initiative, le besoin va bien au-delà de la communication autour d’une jeune marque qu’il s’agit de faire connaître : ce qui est en jeu dans cette opération portes ouvertes, c’est la prise de parole d’un métier trop souvent frappé d’invisibilité. Oser s’adresser au grand public, c’est aussi se donner les moyens de renouer le contact avec une population qui a déserté le chemin des studios de quartier depuis bien longtemps. Sauf pour une photographie d’identité plus flatteuse que celle d’une cabine !

Pour les dirigeants du GNPP, les raisons de différer une telle initiative nationale auraient été nombreuses : harmonisation imparfaite de l’approche commerciale, aspect perfectible des lieux d’accueil, disparité des talents et des styles des professionnels, ou encore pertinence du nom choisi pour porter l’étendard d’une norme de qualité en prise de vue…  Mais après tant d’années, il y a urgence. L’action s’impose, les imperfections d’une solution ne doivent plus être le prétexte à différer les initiatives vers les consommateurs. Les hôteliers réunis sous les bannières « Relais du silence » ou « Relais & châteaux » ont dû avoir les mêmes affres en se réunissant il y a quarante ans. Et puis l’efficacité d’un label s’est imposé progressivement leur évitant aujourd’hui le pire : l’anonymat d’hôtels de qualité, situés au meilleur lieux, délivrant un accueil exceptionnel… mais qui n’appartiennent à aucun circuit commercial visible.

Les photographes doivent entrer en convalescence d’un manque chronique de confiance en eux, afin de témoigner avec fierté d’un métier vivant dont le rôle social reste important quoi qu’en disent les cassandres. Les photographes de mariage le prouvent à chaque cérémonie et leur statut n’est jamais remis en cause à ces occasions… il leur suffit de tenir leur place.


Entretien avec Luc Satgé*

13 avril 2010

Luc Satgé, consultant et formateur : "La réussite de cette opération représenterait une démonstration évidente que la profession retrouve la voie du dynamisme et de la confiance".

L’opération portes ouvertes Ma photo C’est vous ! se met en place. Quelles sont les conditions pour que les 200 studios soient vraiment ouverts le 1er mai ?

Pour moi la liberté est toujours un facteur de réussite. Les photographes endossent deux statuts, l’un d’entrepreneur, l’autre de créatif. Les deux caractères sont en balance, et parfois en contradiction. Seule la liberté de faire permet de concilier les deux casquettes.

Mais pour ceux qui revendiquent un statut d’artiste, le choix d’adopter un label  venant se positionner à côté de leur nom est une étape délicate ?

Je suis toujours frappé par la chaleur qui se dégage des réunions et rassemblements entre photographes du GNPP. Cela va au-delà de la simple cohésion confraternelle. Lorsque l’investissement affectif est si fort, le regroupement est naturel : mais alors toute démarche pouvant être identifiée comme une prise de leadership sur le groupe est suspecte. D’où la première difficulté, celle de faire adopter un label qui soit accepté par tous…

Mais rien de pire qu’un engagement « mou » pour une telle opération qui doit démontrer l’efficacité du label…

Il faut être conscient qu’il y a peu de photographes capables de travailler en « auto-allumage » comme j’aime à le dire. Ce métier demande une énergie folle. Quand les gens viennent en stage pour adopter le label Ma photo C’est vous !, il faut qu’à la fin, ils puissent dire oui, j’y vais ! Mais une fois dans leur entreprise, l’énergie tombe, les pensées négatives arrivent… que viennent nourrir les collègues plus pessimistes. L’égo refait surface : pourquoi utiliser un label, plutôt que sa signature puisque c’est la personnalité du photographe qui compte ? Autant de préoccupations qui lutte avec un engagement véritable sur le terrain et le principe de liberté qui régit l’exercice du métier. La seule solution possible dans ces conditions, c’est bien que les adhérents s’approprient le label à leur rythme.

Mais il y a urgence à générer du trafic vers les studios ?…

Ceux qui ont pu régler leurs problèmes de positionnement personnel vont avancer, et en agissant ainsi vont inciter leurs confrères à bouger.

Il y a engagement sur une qualité de services et de valeurs communes. Mais comme pour le label Relais & Châteaux, il y a des différences sensibles de qualité de service…tous les photographes du GNPP n’ont pas le même talent ? N’est ce pas un facteur qui retient les plus talentueux à porter fièrement le label commun ?

Je répondrais que Troisgros porte le label Relais & Châteaux… Côté qualité de prestation, je pense honnêtement que la satisfaction de la clientèle est extrêmement élevée face à la production délivrée par la grande majorité des membres du GNPP. Pour les meilleurs, je serais tenté de dire que le fait de ne pas avoir de label les pénalise en les cantonnant à leur zone de chalandise.

Personnalisation et co-production sont les secrets  de la réussite pour les activités de services. Pensez que le photographe Ma photo C’estvous ! soit en mesure de composer avec la demande des clients ?

Les clients savent ce qu’ils veulent, mais surtout ce qu’ils ne veulent pas. L’écoute est donc la première réponse pour accéder à leurs désirs. Ensuite c’est le savoir faire du photographe qui permet d’aller vers une satisfaction totale du client en dépit du stress du départ, du manque d’aisance des clients, de la gueule que font les enfants en arrivant… Nous touchons là au comportement pur du photographe pour retourner la situation à l’avantage de tous. Sur ce terrain, Ma photo C’est vous ! n’a rien à apprendre aux professionnels qui savent déjà composer avec la psychologie des sujets. Reste que les conditions du bon accueil de la clientèle doivent être réunies formellement (lieu d’accueil, écoute active, prise de notes…).

Quel rêve formuleriez-vous pour l’opération du 1er mai ?

Que les 200 magasins qui ont adopté le label Ma photo C’est vous ! soient ouverts pour accueillir le public ! Ce serait extraordinaire à l’échelle nationale, car cela représenterait une démonstration évidente que la profession retrouve la voie du dynamisme et de la confiance.

(*) Luc Satgé est consultant et formateur . Il dirige  la société Terre Neuve à Maisons-Alfort (94).