Pour une écologie photographique

Le fait

Gérard Mermet , directeur depuis treize ans de Francoscopie* — guide de référence annuel sur l’évolution de la société française —, estime que celle-ci est en situation de rupture. Parmi les ruptures identifiées (individus/institutions, temps/espace, citoyen/modèle républicain), l’auteur met en avant la rupture environnementale comme principal fait marquant de 2009 pour les Français, « même si, précise-t-il, celle-ci n’apparaît pas au premier plan des préoccupations, c’est là qu’est l’urgence ».  Dans une interview accordée à Isabelle Musnik, rédactrice en chef du site http://www.influencia.net, Gérard Mermet précise le sens de cette rupture : « Il y a une prise de conscience qu’on vit dans un monde très différent du précédent, moins prévisible et plus dangereux et qu’il va falloir changer de modèle de société ». Une analyse qui renvoie directement aux conclusions de la dernière étude Briefing de l’Agence Australie à lire ci-dessous.

Le décryptage

A l’heure où les derniers arbitrages du sommet de Copenhague sont en cours, et où l’humanité doit relever le défi de conjuguer les contraintes de la nouvelle démographie mondiale avec celles de la raréfaction des ressources naturelles, le secteur de la photographie reste muet. Un silence assourdissant auquel le dernier Salon de la photo 2009 n’a pas dérogé. La réglementation européenne tient lieu de ligne de conduite pour les industriels, condition insuffisante pour en faire un argument de vente vis-à-vis des consommateurs qui n’en demandent pas plus. Les distributeurs seraient les plus volontaires…, en laissant aux fabricants le soin de régler la note, comme la loi les y oblige d’ailleurs !  Tout cela, pour un retour sur investissement improbable, puisque le grand public n’a pas encore la maturité, ni même les outils pour sélectionner les produits et services les plus éco-responsables (notamment par l’étiquetage). Au moins peut-on s’honorer que notre secteur photo n’ait pas recours au « green-washing » comme d’autres secteurs n’hésitent pas à le faire.

Dans un contexte où, on l’aura compris, l’action globale est lente et difficile, l’action locale des photographes peut être utilisée pour conforter une image éco-responsable en adoptant des gestes simples comme autant de signes qui imposent, par leur multiplicité, que le professionnel est concerné par cette rupture des mentalités : éclairage basse énergie, containers de récupération des piles et accus, service de recyclage des cartouches, offre de produits éco-responsables, incitation à la reprise des équipements anciens (comme la règlementation DEEE oblige à le faire), service de réparation performant (évitant la mise au rebus), sacs de caisses biodégradables, tri-sélectif des déchets du studio, de l’atelier ou du magasin, récupération des effluents chimiques des minilabs, véhicule sobre… sont autant de signes qui désormais font partie des attentes des consommateurs. Evidemment, ces derniers — nous le savons que trop, puisque nous devons nous-mêmes gérer cette contradiction —, n’hésiteront pas à choisir le produit le moins cher… en fermant les yeux sur le dumping écologique qui leur permet de faire une bonne affaire…

Bien que controversé —pour de fausses bonnes raisons—, le film « Home » de Yann Arthus-Bertrand a largement prouvé le 5 juin dernier comment le statut particulier du photographe (ultra-médiatique certes…) permettait plus que pour d’autres leaders d’opinion (réalisateurs, personnalités politiques ou artistes) d’éveiller les conscience et de parler au nom de ses contemporains. En dépit de la détestable image des paparazzi auprès du grand public, le photographe reste associé à une image d’inlassable observateur des autres et du monde. Une image utile dans le défi environnemental qui nous préoccupe et autour duquel la vie économique va trouver un nouveau rebond. Autant ne pas ternir cette bonne image du secteur (justifiée ou non) par inertie…

(*) Francoscopie 2010. 13è édition parue chez Larousse en octobre 2009. 32 euros TTC.
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2 Responses to Pour une écologie photographique

  1. Merci d’avoir repris cette interview et bravo pour votre site que – honte à moi- je découvre et qui est vraiment passionnant
    Isabelle Musnik

    directrice des contenus et de la rédaction

    INfluencia
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    • jacqueshemon dit :

      Merci Isabelle, je te retourne le compliment : Influencia.net est un site riche que j’ai beaucoup de plaisir à consulter. Jacques Hémon

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