Rencontre avec Vincent Grégoire

"Il faut que les photographes soient beaucoup plus dans « l’entertainment », dans le jeu, dans la mise en scène" estime Vincent Grégoire, tendanceur chez NellyRodi.

Tendanceur chez NellyRodi, Vincent Grégoire travaille dans le monde entier au décryptage des grands mouvements de consommation. Intervenant pour Microsoft pour évoquer la montée des objets tactiles dans la vie quotidienne (dont la fameuse table Microsoft Surface), il voit dans le besoin des consommateurs d’entrer en contact par le toucher avec les objets, une expression d’un besoin plus général de proximité. Pour lui, cela ne fait aucun doute, il s’agit d’une opportunité à exploiter pour les photographes.

En dehors d’une technologie rendue accessible par la technologie, comment expliquez-vous que les objets tactiles soient aussi bien reçus par les consommateurs ?

Avec l’actualité, le chômage et la crise, les consommateurs doutent et ont peur. Ils ont besoin de se rassurer dans un monde de plus en plus dématérialisé. Ceux-ci restent dans le vouloir d’achat mais demande plus de contact, plus de douceur. La vision d’un futur dématérialisé est compensée par le contact… Pour Microsoft par exemple, il s’agit d’avoir une approche sensible vers ceux qui ont peur des nouvelles technologies. Ce qui intéresse le consommateur, c’est contrebalancer le futurisme par les sens, le toucher, le contact, le sensible… Tout l’imaginaire de la technologie a été construit sur un rapport guerrier. On revient sur ce principe et les valeurs masculines sont bousculées au profit des valeurs de partage, de sensibilité. Le mot d’ordre est « remettre de l’humain ». C’est une tendance mondiale.

Comment les photographes peuvent se servir de ce mouvement ?

On pense être tous plasticien, designer, styliste, mais à certain moment il faut s’en remettre aux experts parce qu’ils savent ! : « La photo du petit dernier à poil sur la fourrure, c’était quand même un savoir faire ! ». Quand il s’agit de retoucher des images, de paraître plus beau que beau, plus riche que riche, l’intervention de ceux qui savent est indispensable ! Les gens ont besoin de photos dites « artistiques » plus porteuses de sens, plus codifiées, pour témoigner des moments forts, et cela justement en réaction à la banalisation du visuel. Le besoin de se « frotter » à un photographe professionnel pourra être —et souvent dans les classes sociales populaires d’ailleurs — une manière de recréer du sens, du statut, de l’existence à certains moments de la vie.

Quelle vision optimisme en pleine période de difficultés économiques…

C’est le même phénomène avec le retour des épiciers de quartier en ville. On pensait tous que la panacée c’était les hypermarchés avec leurs prix bas et leurs grands parkings : en réalité, ils sont en train de plonger, c’est la cata ! Parce que justement, les gens ont peur d’être dans des boites virtuelles !  Les gens vont se rendre compte qu’ils préfèrent mettre un tout petit peu plus cher et aller chez l’épicier ;  un épicier qui est aussi assistante sociale, fleuriste, relais de poste… Et bien, pour les photographes, je crois au retour de cette proximité. Ils ont une vraie carte à jouer à condition qu’ils apportent justement  ce service, cette humanité autour de moments d’exception. Il s’agit évidemment qu’ils sachent valoriser le côté « atelier d’artisan », c’est-à-dire leur côté artiste.

Comment voyez-vous cela pratiquement ?

Peut-être faudrait-il qu’ils inventent de nouveaux services, qu’ils créent des formules (reportage ?…) pour répondre au besoin généralisé de peopolisation. Tout le monde a envie de devenir un « people ». Donc il faut qu’ils témoignent avec des photos d’autres moments de la vie. J’ai vu une boutique dans un centre commercial à Tokyo où le photographe avait conçu un studio de mode dans la vitrine en s’associant avec un magasin d’esthétique voisin. Les gens étaient photographiés dans la vitrine, surexposés à la vue des passants comme sur une scène de théâtre. L’occasion pour les clientes d’être très bien maquillées et d’avoir des conseils personnalisés par l’esthéticienne. Il y a un truc qui se passe… on est dans le spectacle ! Il faut que les photographes soient beaucoup plus dans « l’entertainment», dans le jeu, dans la mise en scène. Il faut qu’ils sortent de cette logique de technicien et qu’ils deviennent des metteurs en scène ; une façon d’adopter une approche encore plus sensible et créative.

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