Prolifération des « DR »

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Le fait

Le groupe de travail Images & Libertés* poursuit son travail avec les sénateurs. La rencontre du 26 juin 2009 avec Marie-Christine Blandin (sénatrice Vert du Nord) était consacrée aux droits d’auteur. Ce dossier bien maîtrisé par la sénatrice aura permis un échange très fructueux autour d’une proposition de lutte contre l’usage abusif de la mention « droits réservés »  (photos créditées « DR ») dont la prolifération se renforce dans la presse et l’édition. Les chiffres cités par les participants sont stupéfiants : de 20 à 25 % des photos publiées dans les hebdomadaires nationaux récents sont signées « DR », sans compter les photos créditées illégalement du seul nom de l’entreprise ou de celui de l’agence ! Un livre blanc publié en 2008 par le syndicat national des auteurs et diffuseurs d’images (à télécharger sur le site www.snadi.org) faisait l’hypothèse que le manque à gagner lié à cet usage abusif du « DR »  pouvait s’élever sur huit titres majeurs de presse française à 11 millions d’euros pour la seule année 2007. Or les NMPP en diffusait cette année là quelque 2 700 !

(*) Groupe de travail constitué à la demande des sénateurs Philippe Marini et Michèle André suite à l’inquiétude suscitée par l’installation à marche forcée de dispositifs de photographie d’identité biométrie dans les mairies. Ce groupe est composé de représentants des organisations professionnelles (dont Laurence Veisenbacher du GNPP), de société d’auteurs, de juristes et de journalistes (dont je fais partie).

Le décryptage

La lutte engagée par les organisations professionnelles sera dure : en effet la défense du droit d’auteur en photographie se heurte à de nombreux obstacles que la mondialisation des échanges et le développement d’une économie de l’immatériel multiplient.

Des politiques peu « regardants » : le poids économique des groupes de presse et leur proximité avec le pouvoir laissent peu d’espoir de voir les politiques prendre la défense des photographes. Les deux milliards de subventions à la presse écrite ne pouvant être réévalués au moment où celle-ci lutte pour sa survie, fermer les yeux sur les usages abusifs des « droits réservés » s’apparente à une aide qui ne dit pas son nom.

Pragmatisme économique : les entreprises de presse recherchent les économies, donc idéalement la gratuité des photos. Après la signature de forfaits exclusifs avec des agences comme GettyImages, les  iconographes à leur corps défendant se doivent de compléter les « blancs» en puisant dans les fonds gratuits (grandes entreprises, services de presse, comités départementaux et régionaux du tourisme…). La prise de risques des éditeurs n’est pas négligeable (droit à l’image…), mais finalement acceptés en regard des économies réalisées.

Optimisation financière sur les droits : en optant pour le droit anglo-saxon les entreprises multinationales se soustraient facilement aux contraintes de la loi française sur les droits d’auteur. Nombre d’agences de communication traitent ainsi l’achat d’art à Londres ou New-York…

Peopolisation des photographes : photographes de modes et paparazzi ont la faveur des écrans, tandis que la forte couverture médiatique des quelques grands auteurs occulte aux yeux du grand public le quotidien de la grande majorité des photographes  professionnels. Comme pour la musique, les paillettes du show business n’incite pas les citoyens à prendre fait et cause pour les photographes.

Contribution des amateurs : la presse incite les lecteurs à produire des images, pas seulement par économie mais afin de relayer des événements non couverts par les professionnels. Statistiquement, les événement impromptus ont plus de chance d’être couverts par un amateur. Le 25 juin, le  site 20minutes.fr se félicitait de renforcer sa dimension participative en partenariat avec le site citizenside.com.

Culture du libre : le succès des logiciels libres et la libre circulation des connaissances et de l’information via l’Internet donne à la gratuité des vertus que les économistes célèbrent. Dans ce contexte le droit d’auteur est jugé comme un frein à l’innovation et les Creatives Commons (licences libres) montrées en exemple. Cette dérégulation profite aux opérateurs et aux acteurs de l’Internet donc à terme à tous les fournisseurs de contenus, avec le bénéfice avancé d’une culture partagée par tous.

Ces tendances interrogent toutes les règles du jeu économique dans lequel le modèle du droit d’auteur s’inscrit. Plus qu’inciter à la résignation face aux abus, elles obligent tous les auteurs professionnels à se donner une nouvelle vision afin de rebondir sur les leviers de croissance qui se présentent à eux tout en préservant ce qui peut l’être encore. Et sans tomber dans le piège du tout législatif  dont la loi Hadopi montre clairement les limites.

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