Neuf préconisations aux photographes professionnels pour 2011

4 janvier 2011

Meilleurs vœux à tous pour cette nouvelle année !

Je vous remercie de l’intérêt que vous portez au contenu de  “Décryptages” — blog d’information destiné aux membres du GNPP (Groupement national de la photographie professionnel) — et vous invite à réagir aux informations qui y seront publiées deux fois par mois tout au long de l’année 2011… Pour rompre avec le rituel éditorial des tendances de l’année, découvrez sa variante en neuf préconisations autour d’idées porteuses. Très bonne année ! Jacques Hémon


1/ S’appuyer sur les réseaux sociaux

4 janvier 2011

Représentation des connections internationales de Facebook. La présence sur les réseaux sociaux devient un enjeu capital de mise en relation avec la clientèle pour les photographes professionnels (cliquez sur la carte pour la télécharger en haute résolution (3,8 Mb)

Le monde devient social — sous-entendu passe par les réseaux sociaux—.  La planisphère réalisée par Paul Butler (salarié de Facebook) qui symbolise les relations internationale entre les membres du réseau social rend cette affirmation irréfutable. Si les deux principaux concurrents de Facebook .vkontakte.ru en Russie et .com.cn en Chine étaient également visualisés sur cette mappemonde, c’est l’ensemble de la planète qui s’illuminerait … (sauf l’Afrique). Les réseaux sociaux rayonnent donc sur toutes les activités humaines  ce que démontre la présentation « The World has gone Social » de Christian Hernandez (Responsable Business développement de Facebook Europe) reprise en français par Clément Vouillon sur son blog clementvouillon.com : qu’il s’agisse de commerce, de télévision ou encore de relation de proximité, les recommandations passeront par les réseaux sociaux qui depuis 2010 sont associés à la géolocalisation. Fin 2010, un internaute sur deux dans le monde est membre de Facebook, et ce seul site compte 18 millions de membres actifs en France dont 61 % se connectent chaque jour. Dans ces conditions, il est inimaginable pour le photographe professionnel de ne pas développer une stratégie adaptée. Pour en savoir plus sur le sujet capital du Personal Branding, nous ne saurions trop vous conseiller la lecture du blog de Fadhila Brahimi, l’une des meilleures spécialistes françaises de cette question (en cliquant ici).


2/ Développer une compétence plurimédia

4 janvier 2011

L'iPad restera le produit de rupture de l'année 2010. Il préfigure la mutation du marché de l'information et donc les besoins auxquels les photographes auront à répondre dans un futur proche (Photo © Flipboard)

La production photographique s’inscrira toujours plus dans une sphère plurimédia. La décennie passée a vu la transformation de la norme de visualisation au profit des écrans, ce qui impose de penser la photographie sans tirage (pour une part de l’activité professionnelle). La mutation est bouleversante pour beaucoup, mais son déni n’y changera rien. La réorganisation de la production multimédia autour d’équipes pluridisciplinaire fait son chemin en France avec des pionniers cent fois cités (comme Samuel Bollendorf, Narrative, Territoires de fiction…)  mais fondateurs du métier de photographe-réalisateur. Sans limite, tant en ce qui concerne leurs prédispositions à créer avec les outils numériques,  que leur capacité à réinventer une narration adaptée aux nouvelles modalités de visualisation (tablettes, Smartphones…), les Digitals Natives sont le terreau des entreprises photographiques qui feront le pari du plurimedia pour cette nouvelle décennie.

Le site de référence pour tout savoir sur les webdocumentaires : http://webdocu.fr/web-documentaire/
Calendrier des ateliers et colloques de FreeLens, une association animée par Wilfrid Estève qui fait avancer la réflexion sur les nouvelles écritures et les nouveaux usages de l’image et du son (en cliquant ici)

3/ Transmettre sans réserve aux passionnés

4 janvier 2011

La transmission vers les amateurs constitue un nouveau modèle économique à part entière pour les professionnels qui aiment la convivialité et le contact… Photo : JVEP/C. Maurel

Les besoins de transmission de compétences photographiques sont considérables. Près de 600 000 reflex ont été commercialisés en France en 2010, et 700 000 le seront cette nouvelle année. Au total le parc d’appareils reflex actifs en France dépasse 1,6 millions d’unités en ce début 2011 (soit environ 5 % de la population si chaque appareil est partagé à 2). Or la plupart des possesseurs de ces merveilles — le plus souvent épris de photographies de qualité— ont un manque chronique de bases techniques pour s’en sortir. Et ils le savent. L’expérience partagée autour de photographes reconnus constitue le secret de la formation en 2011. Il s’agit d’un nouveau modèle économique pour les professionnels prêts à partager leur passion, d’autant que les grandes enseignes voient dans ces besoins, tout à la fois une source complémentaire de revenus et un moyen extraordinaire de tisser des liens forts avec leurs clients. Dès janvier Fnac commercialisera des stages de formations dispensées par les vingt cinq  photographes du site jeveuxetrephotographe.com dont le succès ne se dément pas après deux années d’activité ; en mars l’enseigne Phox lancera Phox Academy partout en France (phoxacademy.com) ;  sans oublier les initiatives des marques d’appareils photo comme les safaris urbains de Sony France et l’emblématique et très sérieuse Nikon School à Paris dont l’extension récente atteste du bien fondé de la stratégie de Nikon France. Le développement de voyages à thème encadrés par des photographes professionnels surfe sur cette envie d’accompagnement où le plaisir de l’apprentissage collectif et la convivialité sont les clés du succès.


4/ Promouvoir l’album imprimé, et miser sur la proximité

4 janvier 2011

La progression du marché des albums personnalisés grand public se poursuivra au moins jusqu'en 2014 selon Future Source Consulting.

Le marché de l’album imprimé grand public progressera durant les trois prochaines années et atteindra un seuil plateau en 2014. C’est le cabinet d’étude Future Source Consulting qui l’affirme après avoir interrogé les principaux acteurs européens durant l’été 2010. La prévision est honnête, et d’autant plus crédible que les principaux acteurs l’estiment plutôt pessimiste. Mais le forcing des acteurs du marché de l’impression domestique reste en mémoire … où utopie do-it-yourself et prétendue facilité d’accès fondaient une nouvelle ère de prospérité pour le marché du tirage photo … ! Le réalisme de 2011 est de bon aloi pour mieux prospérer sur le marché de l’album personnalisé en combattant les trois écueils à son développement : le manque de visibilité du service, l’abandon en cours de commande et le taux réduit de réitération de commande (1,4 albums/an/client). Communication, accompagnement et marketing direct sont les mesures à appliquer. Un vœux pour 2011 ? : un engagement fort des professionnels pour promouvoir l’album imprimé en BtoB. Les perspectives de croissance sont alors sans limite jusqu’en 2020 !


5/ Présenter la photo comme une solution de décoration

4 janvier 2011

Photographies jet d'encre sur toile canvas chez Ikea. Avec Leroy Merlin, l'enseigne suèdoise répond au besoin des Français en photos décoratives à bas prix. Une offre innovante de qualité professionnelle pourrait constituer une alternative plus que jouable…!

Savez-vous où la photographie s’est-elle le plus vendue en 2010 ?  Chez Leroy-Merlin, grande surface de bricolage et décoration !…  Ikea n’est pas en reste qui propose également des impressions jet d’encre sur toile canvas prêtes à accrocher. Aucune de ces deux enseignes ne communique sur ce succès, pourtant Leroy Merlin fait appel au plus grand atelier d’impression jet d’encre de France pour faire face à la demande. Avec la vulgarisation du grand format, la photographie prend naturellement sa place comme solution de décoration des foyers et la rationalisation commerciale va bon train. Une telle tendance n’est pas du goût de tous les  auteurs, mais le marché est là et le succès de YellowKorner (six galeries en France, deux à l’étranger en cinq ans) atteste d’un véritable besoin du public. L’activité de décoration photo doit pourtant pouvoir s’éloigner de la tradition du marché du Fine Art (photo à l’unité  à accrocher au mur) ne serait-ce que pour élargir l’offre produit (au-delà des petits objets photographiques). C’est ce que Tetenal France se propose de faire en commercialisant une solution d’impression de « papier peint » composée d’un Rip Tetenal Power Plotter compatible avec toutes imprimantes grand format et d’un logiciel de calcul automatique de lés et de découpes. Avec cet ensemble, il devient possible de produire rapidement des décors photographiques sans limite de taille sur papier mural Sihl (à encoller) ou sur support repositionnable. L’offre est associée à une base de données ArtOnDemand de 1200 œuvres sous licence « Libre de droits ». Autre initiative, l’ouverture du site anglais www.thisismyikea.com permettant « d’habiller » une sélection de meubles Ikea très populaires (comme l’étagère Billy par exemple) avec un choix de motifs imprimés ou avec ses propres photographies… En temps de crise, la maison devient un refuge choyé et la photographie un objet de bien être.


6/ Préserver la mémoire locale (avant que l’irrémédiable n’advienne)

4 janvier 2011

La valeur documentaire et ethnographique des fonds photographiques professionnels "mineurs" jetés en masse depuis dix ans ont-ils si peu d'importance ?

La disparition d’une très large partie du fond photographique de Philips et Guillaume Plisson et de son équipe de Pêcheurs d’images dans un spectaculaire incendie le 19 septembre 2010 aura marqué les esprits : les actifs d’une des sociétés françaises la plus dynamique en matière de production photographique s’envolaient en fumée en quelques heures, laissant plus de 30 salariés sans outil de travail, sans parler de la perte pour leurs auteurs d’une œuvre de plus de trente années de photos maritimes.

En réalité, chaque jour, partout en France depuis dix ans, des fonds photographiques méconnus se sont évanouis dans l’indifférence générale. La fermeture de studios ou de magasins de photographie (plus de 4000 en dix ans) ont été le plus souvent le théâtre de ces disparitions d’archives argentiques, souvent indexées au fil du temps par date, client ou événement…  Fonds secondaires, sans intérêt jugeront les uns, risques juridiques prétextent les autres, centre de coût plus que de profits… la préservation des archives des photographes professionnels « mineurs » sont finalement entre les mains des bénévoles qui se mobilisent pour les déposer en lieux sûrs (qui dans un site improvisé, qui aux archives départementales…). La mobilisation des professionnels locaux eux-mêmes s’impose aujourd’hui pour ne pas perdre ce qui peut encore être sauvé de cette fragile mémoire collective créée par leurs pairs (et parfois concurrents) et dont ils sont les dépositaires légitimes. La vigilance de tous les gens d’images ne sera pas de trop pour sauvegarder ce qui peut l’être encore !

Et vous membre du GNPP, quelle stratégie avez-vous adopté pour préserver vos archives (et celles de vos prédécesseurs) ? (vos commentaires sont les bienvenus !)


7/ Repousser les limites de la qualité délivrée

4 janvier 2011

La taille des capteurs APS-C des reflex et Super 35 des caméras cinéma Sony sont très proche (à 15% près). Les outils photo et cinéma délivrent une qualité équivalente à la compression près… En attendant le caméscope Super 35 Sony NXcam qui promet d’exacerber la concurrence photo/vidéo dès l'été 2011.

L’année 2010 aura été très riche d’enseignements en ce qui concerne les relations technologiques et esthétiques qu’entretiennent photo, vidéo et cinéma. L’avènement en 2008 du mode vidéo HD sur les reflex aura introduit une  rupture  — surprise —de qualité dont les effets ont envahi l’univers de la production vidéo.  Les reflex HD sont désormais adoptés par les équipes de tournage tant en documentaire, en production publicitaire et même en cinéma ! Une nouvelle référence s’est imposée qui donne un surcroît de valeur à l’outil photographique que beaucoup de chef opérateur comparent à une camera cinéma pour l’esthétique des images produites (la nouvelle gamme de caméras cinéma Sony Super 35 dont la taille du capteur C-Mos 23,6 x 13,3mm est très proche du format APS-C des appareils photo symbolise cette proximité). La nouvelle trilogie photo-ciné-vidéo (clin d’œil amusant aux enseignes des vieux magasins photo des années 80) est réjouissante en injectant dans le cercle des professionnels de l’image de nouveaux rapports que l’année 2011 renforcera, avec la multiplication de la demande plurimédia. Pour les photographes professionnels, c’est une incitation nouvelle à élever le niveau de qualité de leur production photographique, d’innover en se spécialisant sur des secteurs de prise de vue qui les passionnent (en incluant la prise de vue animée) et relever le défi de l’hyper qualité garantie, segment sur lequel le monde amateur ne peut venir les concurrencer.


8/ Penser aux marchés anachroniques

4 janvier 2011

Ancienne cabine identité argentique délivrant des bandes de quatre photos noir et blanc (ici au Palais de Tokyo à Paris). Les ados ne peuvent résister !

La photographie archaïque pour les plus de 40 ans, ce sont les procédés au collodion humide, sur papier salé ou encore l’ambrotype. Pour les Digital Natives, ce sont les appareils argentiques et le Tri-X. La décennie qui commence verra l’arrêt de la production industrielle des supports argentiques encore en usage aujourd’hui, mais verra simultanément un besoin de redécouverte des fondamentaux de la photographie. Une niche devrait donc se créer autour de ces procédés argentiques plus que centenaires et considérés au mieux comme pittoresques pour les digital natives d’aujourd’hui. La reprise de la production des films Instantanés Impossible Project fin 2009 et la vitalité de la marque Lomography attestent de ce besoin de retour aux sources. La magie de la chambre noire, le déclenchement réfléchi, l’impossibilité de retoucher systématiquement les images, l’aspect vintage, les vertus pédagogiques de la matérialité, tout concourt à une remise en selle anachronique d’une photo déjà lointaine aux yeux de nos enfants… mais dont il est encore possible de partager les meilleurs côtés. Comme les platines vinyles d’aujourd’hui réédités à prix d’or, le revival des agrandisseurs et des cuvettes restera une niche. Mais ceux qui transmettront leur savoir faire sont certains d’avoir l’écoute attentive des jeunes générations.

 


9/ Créer des lieux d’exposition et les ouvrir largement

4 janvier 2011

La galerie d'art comme outil de diversification des sources de profits autour de la photographie ? Le récent ouvrage de Camille Janssens donne une foule de conseils utiles pour se lancer dans l'aventure.

Scénographier la photographier en ouvrant des lieux d’exposition, c’est non seulement s’assurer un développement sur le marché porteur du marché de l’art, mais également promouvoir les talents locaux en sacralisant — fétichisant ?— une production choisie, tout en s’assurant une visibilité dans un cercle d’influence que le statut de photographe professionnel ne peut atteindre par sa seule production (sauf quelques rares exceptions).  Signe des temps, “Créer une galerie d’art* ” est justement le titre d’un ouvrage qui vient de paraître aux éditions Ars Vivens où une somme de conseils et préconisations sont prodigués par l’auteur Camille Janssens (voir le sommaire détaillé de l’ouvrage en cliquant ici). Selon ce dernier, avec à peine une galerie pour 30 000 habitants, la France serait en retard par rapport à ses voisins européens alors que le nombre d’inscrits à la Maison des artistes aurait doublé en dix ans. La galerie devient depuis plusieurs année une composante indispensable du mix marketing des acteurs de la photo : les exemples abondent depuis deux ans, avec la galerie du magazine Polka ou encore celle de l’agence Magnum. Mais plus récemment l’inauguration à Paris (au 18 rue de Savoie) d’une galerie dédiée aux travaux des stagiaires de jeveuxetrephotographe.com indique combien il semble pertinent aujourd’hui d’associer une activité commerciale à un espace valorisant le talent des clients. Une démarche plus aisée en ligne, comme le site  www.mayoz.com le propose : sur cette galerie communautaire récemment créée, amateurs et professionnels peuvent proposer leurs « œuvres » à la sélection des internautes. Les travaux sélectionnés sont ensuite commercialisés en ligne en tirage limité.

(*) “Créer votre galerie d’art” – Editions Ars vivens – 152 pages 21×28 cm – Prix : 90 euros.

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